André LOROIS

1891-1914

Né à Nantes, le 20 novembre 1890, tué au combat de Morhange (Lorraine) le 20 août 1914, fils de Maurice LOROIS & de Léonie TROCHU

Il entre à l'école forestière de Nancy le 15 octobre 1912, rang 4, dans la 88e promotion. Il en est sorti 8e le 31 juillet 1914, puis est nommé Garde général stagiaire attaché à la chefferie de Lorient. Poste qu'il ne pourra occuper en raison de la guerre.

 

Bellange, le 30 Novembre 1918

Monsieur,

Enfin délivré de nos oppresseurs nous pouvons maintenant dire ce que nous savons et qu'auparanvant nous étions obligés de garder au fond de notre coeur. Mon bien cher Monsieur, je commence d'abord par vous faire bien des excuses pour n'avoir pas pu vous procurer les pièces relatant la mort de Monsieur votre fils et de n'avoir même pas répondu à la lettre que vous m'avez adressée il y a quelques années à ce sujet.

Si moi-même je m'étais occupé de la chose je me serai exposé à bien des ennuis, vu que les boches nous avaient formellement interdit de donner aucun renseignement sur les soldats français, comme aussi de communiquer avec les prisonniers. Connaissant la brutalité des teutons vous comprendrez que je ne pouvais faire autrement que de garder la silence, autant comme curé, car ils auraient été capables de m'éloigner de ma paroisse et de m'envoyer attendre la fin des hostilités au fin fonds de la Prusse.

Jusqu'ici je vous avais communiqué ce que je savais des derniers instants de Monsieur votre fils, mais en omettant de vous dire, qu'avant de mourir votre cher enfant a été encore martyrisé par ces brutes à face humaine. Comme je vous l'ai dit Monsieur votre fils était couché sur un matelas dans une grange, très grièvement blessé, agonisant, un de ces sauvages a eu la barbarie de la faire piétiner par son cheval. Et ce sont ces gens qui maintenant implorent la pitié du monde entier! qu'on les traite donc comme ils ont traité les pauvres petits soldats de France.

Pendant ces quatre années, j'ai caché quelques reliques de Monsieur votre fils, elles m'ont été remises par des personnes des environs. Il y a sa feuille d'admission à l'école forestière de Nancy. Puis son pansement individuel. Et enfin deux boutons de son dolman dont l'un sera pour vous une relique vénéré, car il porte encore les traces du sang que votre cher enfant a versé pour la cause de la douce et chère France que nous aimons tant, nous surtout Alsaciens-Lorrains qui avons vécu 47 ans oppressés par la botte prussienne.

Ces objets je vous les enverrai sitôt que faire se pourra.

Quand cela sera possible, j'irai prendre une photographie de la tombe de Monsieur votre fils et vous l'enverrai. De sorte quand vous vivrez de vos souvenirs comme vous devez le faire souvent, vous pourez vous dire en regardant la petite image: « Voilà l'endroit où mon enfant bien aimé dort son dernier sommeil ».

Encore une fois, veuillez, Monsieur avoir la bonté d'excuser mon silence et d'agréer mes sympathiques condoléances pour toutes les souffrances que vous avez endurées depuis quatre ans.

Votre tout dévoué, J. Thiriot.(photographie collection René PIERRE)

Curé de Dalhain-Bellange par Haboudange (Lorraine désannexée)

Réponse de Léonie Lorois au curé de Dalhain

Mr le curé, j'attendais en un autre temps votre réponse à la lettre de mon mari; mais ce matin en la recevant en son absence et sachant qu'il me comprendrait, je l'ai ouverte.

Sa lecture m'a bouleversée tellement douloureusement, que je viens M r le curé, abuser encore de votre bonté, et vous supplier de répondre à nouveau à mon mari, en supprimant le terrible passage de martyre qu'a subit notre enfant bien-aimé. Je voudrais si il m'est possible supporter seule ce nouveau coup.

Jusqu'ici, d'après l'affaire de l'infirmier qui l'avait relevé, nous croyons à une mort douce, entouré des bonnes gens à qui appartenait la grange.

Mr le curé, ne voyez pas en ce que je vous dis, un reproche de ma part, votre but et votre devoir étaient de nous dire la vérité, car partout la barbarie de ces monstres doit être publiée et je vais charger mon beau frère, ingénieur général de la marine de publier ce nouveau fait atroce, vous aurez du reste sa visite un de ces jours. Il a le projet d'aller prier sur la tombe de mon fils dès que cela lui sera possible, et il ira très certainement près de vous recevoir de votre part de nouveaux détails.

Priez pour nous, pour moi, Mr le curé car je crois que le bon Dieu a depuis longtemps mis mon cher petit dans son paradis; et recevez je vous prie l'assurance de ma reconnaissance et de mon profond respect.

Léonie Lorois.

Si vous désirez répondre à cette lettre, veuillez je vous prie mettre comme adresse: Mr Pluyette, ingénieur général, mais je crois plus prudent d'attendre la visite de mon beau frère près de vous.

Dalhain le 21.1.1920 (in extenso)

Chère Madame Lorois,

Aujourd'hui Lundi a 9 heures du matin, on a proséder a l'exhumation de votre chère fils, j'ai été tout le temps aupré de la tombe et ausi Monsieur le Curé, je l'ai reconnu par les soulier et les guettres, quand a la petite médaille nous ne l'avons pas retrouvé, il n'y avait plu rien que les osements, on a tout retrouvé les os, nous les avons ramasser, et nous les avons mis dans de la toile que les soldats avaient amener épui on les a mis dans une bière, chaque soldat a son serqueille et un linge on l'a arranger tout pour le mieux j'ai même gratter la terre moi-même afin de tacher de retrouvé la médaille mais je n'ai rien vu, je regrette beaucoup de n'avoire rien trouvé pour vous un souvenir, je n'ai qu'un petit saque vert en toile qui a resté dans la place ou qu'il est mort chez nous, plusieur personne ont venu voire et beaucoup pleuraient de voire comme c'était triste, j'aurais bien aimer que vous soyez ici. les soldats ont venu on ne s'y atendait pus, ils ont profiter de la jelé pour venir car la terre ce n'est que de l'eau ils ne peuvent travaillé que quand il jèle les soldats les ont conduit dans un cimetière apeupré a deux kilomètre d'ici, les soldats ont mis le nom sur le serqueille et sur la croix afin qu'on puisse reconnaitre la tombe, nous avons fait tout se que nous avons pu, nous irons voire Dimanche sur la nouvelle tombe dire une petite prière a votre chère fils, nous y porterons une couronne de verdure, voilà Chère Madame tout les détailles que je pense vous donner, on a ausi exhumer les civils de Dalhain qui avaient été tué le 20 Aout 1914 on les a mis dans le cimetière il y en a 5, on les a touses reconnus. Donnez bien le bonjour de ma part a Monsieur et Madame Brunet et a tout votre chère famille recevez touses mes sincères salutations. Madame Céleste Banquel

Nécropole de Riche, (près de Morhange) tombe (1137) d'André LOROIS où son prénom est erroné.

inhumation, source: Jacques DIDIER - http://jadier.canalblog.com/

Gerbécourt (57) - Maison forestière LOROIS