Armand TROCHU

1858-1930

 

Armand, Jean-Louis, Léon TROCHU né à Nantes le 15 Avril 1858 de Léonie ROUSSELIN et d'Armand TROCHU. Il passa une partie de sa jeunesse dans la propriété de son père et de son grand-père Jean-Louis TROCHU, à Souverain sur le domaine de Bruté à Belle-Ile en mer.

Il fit ses études au collège Saint-François-Xavier à Vannes. Sous l'influence de sa mère, qui détestait la campagne en général et Belle-Ile en particulier, Armand comme ses trois frères et soeurs, quitta l'ile pour mener une vie urbaine.

Après son mariage avec Marguerite LOROIS , d'où il fut propriétaire de la maison familiale de la Venauderie située à Saint-Clémentin dans les Deux-Sèvres, il s'installa comme agent de change à Nantes. C'est le 26 Novembre 1901, qu'il écrit à son père pour lui annoncer sa décision de partir vers l'Ouest canadien, pour y faire fortune...

En Mai 1902, il arrive dans le Sud de Calgary, invité au Ranch des français à Millarville, par Raymond de MALHERBE, et il se mit aussitôt, avec le jeune de CHAUNY, à la recherche d'un site pour l'établissement de son ranch.

 

L'Ouest et le Sud-Ouest de Calgary, leur semblant trop colonisé, les deux amis partirent un beau matin à cheval vers le Nord-Ouest en suivant, tantôt les traces des indiens, tantôt celles des buffles, et arrivèrent dans les contreforts des Montagnes Rocheuses; mais le pays ne leur sembla pas assez attrayant, il y avait trop de castors, et nos chercheurs durent rentrer bredouilles à Calgary.

 

 

Armand TROCHU, ne se découragea pas pour autant et persuada Louis de CHAUNY de poursuivre l'effort, cette fois vers l'Est. Au cours d'une veillée dans les Handhills, un métis leur signala avoir arpenté, deux ans auparavant une petite vallée à l'Ouest de la rivière Red Deer, non loin de Three Hills.

Dès le lendemain, Armand TROCHU et Louis de CHAUNY retraversèrent la rivière Red Deer et partirent en direction de Three Hills. Ils atteignirent bientôt une vallée dont l'aspect correspondait exactement à la description du métis: des sources, une rivière, des arbres formaient un ensemble d'une tranquille beauté. TROCHU venait d'arriver au but de ses recherches. (Juin 1903).

Le terrain convoité appartenait à la Hudson Cie , qui ne fit aucune difficulté pour le lui céder. Mais si Armand TROCHU était riche en enthousiasme et en imagination, il lui manquait les capitaux et la force physique pour mener seul son entreprise.

Coulée 1903 - Premières constructions -La maison et l'écurie d'Armand TROCHU

Aussi revint-il en France en 1904, à la recherche d'associés qu'il trouva aisément dans le milieu des officiers de cavalerie quittant l'armée au moment des inventaires et disposés à s'expatrier: les premiers fondateurs de la Compagnie commerciale du Ranch de Sainte-Anne étaient les suivants: Armand TROCHU, président, Joseph DEVILDER, trésorier, Léon ECKENFELDER, secrétaire. Puis, Louis SCULIER, Edgar PAPILLARD, Marc de CATHELINEAU, de PREAULT et de SEILHAC.

Pendant ce temps, les deux frères, Paul et Roger de BEAUDRAP étaient venus installer un ranch à Ghost Pine Creek: le Ranch de Jeanne d'Arc.

Ainsi le premier noyau des nouveaux colons de la paisible vallée fut-il constitué par des Français, considérés dans le pays comme aristocrates, dont l'éducation tranchait alors sur celle de la plupart des pionniers de l'Ouest.

Les premières années furent particulièrement difficiles: en 1905, sévit une épidémie de gale, extrêmement dangereuse à cette époque où l'élevage était encore la seule ressource de la région. Il fallut construire entre TROCHU et HUXLEY un immense corral pourvu de cuves pour baigner les animaux. L'année suivante, ce fut le grand incendie qui ravagea la prairie du Nord au Sud et franchit la rivière Red Deer. Près de la moitié des bêtes furent si grièvement brûlées qu'il fallut les abattre, mais les bâtiments du ranch Sainte-Anne, abrité au fond de la vallée, furent épargnés.

Enfin ce fut le fameux hiver 1906-1907 dont les anciens conservent encore le souvenir. Une couche de neige d'un mètre couvrait les pistes, rendant les transports très difficiles et le bétail avait le poil et même la peau des pattes usée à force de se frayer péniblement un chemin dans la neige durcie.

Toutes ces épreuves n'abattaient pas le courage de la petite colonie qui se développait progressivement et avait pu obtenir, dès le 1er Septembre 1906, l'ouverture de son bureau de poste sous le nom de " TROCHU VALLEY " avec Armand TROCHU comme post master.

SAINT-ANN RANCH - 1907 - debout de gauche à droite:

TYMMIS, Xavier de BEAUDRAP, John CREPIN, Pierre de BEAUDRAP, Guy de VAUTIBAULT

assis de gauche à droite:

Martin ZEDE, Louis SCULIER, Léon ECKENFELDER, Armand TROCHU, Paul de BEAUDRAP, Jean BUTRUILLE, François de TORQUAT

A cette époque fut aussi ouverte une agence d'outillage de la Compagnie Deering, Emerson et Cockshutt, puis une forge ainsi qu'une crémerie (par Hardouin de REINACH-WERTH et Théodolo THEODOLI) dont le beurre était expédié à Vancouver par bateau, mais faute de moyens de réfrigération, c'était souvent du fromage qui arrivait à destination.

Le développement de TROCHU VALLEY et le projet de la Canadian Pacific de construire une nouvelle ligne de chemin de fer sur la colline qui dominait au Nord le Ranch de Sainte-Anne, incitèrent les colons à y bâtir les éléments de la première ville: la baraque de la Police, commandée par le Caporal TUCKER, l'église catholique et le grand magasin de Jean BUTRUILLE, beau frère de Joseph DEVILDER, furent édifiés en 1907.

C'est alors que prit fin l'ère des célibataires; Armand TROCHU fit venir de France sa femme et ses trois filles, Léon ECKENFELDER, qui s'était fiancé à Valentine FIGAROL, fit célébrer son mariage dès l'achèvement de l'église, dont la construction avait d'ailleurs été accélérée en vue de cet important événement.

La vie sociale s'organisa: Marc de CATHELINEAU construisit une salle de danse où les BUTRUILLE donnèrent, pour son inauguration, une grande soirée à laquelle assista toute la population; surtout fut instaurée le 19 Juillet 1907, la première journée sportive annuelle qui attira tous les habitants d'alentour dans un rayon de 50 milles et au cours de laquelle les cowboys de Carbon, Rosebud et des districts environnants se disputaient les épreuves de sauts d'obstacles. Une grande revue clôturait le tout: des cavaliers, des véhicules divers, des chars gaiement décorés défilaient dans la "rue de TROCHU" au son de la fanfare de Didsbury.

TROCHU VALLEY, devenue TROCHU lors de la construction sur la colline, prospérait: de 1908 à 1910, la petite ville voit l'ouverture de sa première école, l'installation de son premier médecin de plein exercice, la construction de sa première banque (succursale de la Merchant's Bank), l'édification de l'église presbytérienne rendue nécessaire par l'arrivée massive de nouveaux colons Anglo-Saxons.

Ceux-ci devinrent rapidement plus nombreux que les français, à tel point, que le premier conseil de la société agricole de TROCHU comprenait, en 1910, dix Anglo-Saxons pour deux Français! Ce fut enfin en cette même année 1910 que parut le premier numéro de "Trochu Tribune".

Depuis 1907, on n'avait plus entendu parler de projet de la Canadian Pacific qui devait entraîner le déplacement de la ville et provoquer sa croissance; mais ensuite, la Grand Trunk Pacific Company, commença la construction d'une nouvelle ligne de Calgary à Edmonton. Hélas, les nouveaux plans ne la faisaient pas passer par TROCHU, mais à une faible distance, à l'EST.

Qu'à cela ne tienne! On avait déjà déplacé une première fois le noyau de la colonie TROCHU, on pouvait donc le déplacer à nouveau. Les bâtiments en bois furent soit démontés, soit déplacés sur des chariots tirés par des boeufs et des chevaux, et le tout transporté vers la future ligne de chemin de fer. En 1913, la première locomotive cracha sa fumée dans la petite ville et en Mars 1914, toute la population participa dans la liesse au voyage inaugural vers Calgary.

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La guerre européenne devait mettre fin à l'influence française à TROCHU, les pionniers eurent à coeur de retourner servir leur patrie et ceux qui furent épargnés ne revinrent pas apès la guerre, sauf les de BEAUDRAP, dont les descendants sont toujours dans les environs de TROCHU, en témoignage des premiers temps.

Ayant souffert à plusieurs reprises d'angine de poitrine, Armand TROCHU quitta à son tour le Canada en 1917, pour rejoindre sa famille à Saint-Clémentin, à la Vénauderie, où il mourut des suite d'une crise cardiaque le 5 Mars 1930, à l'âge de 72 ans, sans avoir fait fortune...

Aujourd'hui, dans la petite ville, ne subsistent plus que de rares vestiges du passé, surtout grâce à la mise en oeuvre de la famille FRERE, qui fait le nécessaire pour sauvegarder celui-ci, notamment la reconstruction du Saint-Ann Ranch, où quelques vieux bâtiments rénovés sont là pour raconter leur histoire; quelques rares personnes parlent encore couramment le français dans la région.

Il est encore possible, en connaissant l'histoire de TROCHU, de percevoir un écho des temps anciens et un peu de la gaieté et du charme ainsi que de l'ambition de la petite communauté aristrocratique des Français.

 

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