Famille de BEAUDRAP - de TORQUAT

 

Monsieur le Comte Paul de BEAUDRAP, vint une première fois au Canada en 1889, pour s'installer dans la célèbre colonie des aristrocrates français de Whitewood ( Saskatchewan). Après neuf années peu fructueuses passées dans la colonie de Saint-Hubert, les de BEAUDRAP rentrèrent en France pour des raisons familiales.

Famille Paul de BEAUDRAP
Famille Roger de BEAUDRAP

 

maison de Paul de BEAUDRAP à Saint-Hubert

Whitewood (Saskatchewan)

 

Cependant la vie de pionnier peut devenir une habitude et, lorsque Roger de BEAUDRAP abandonna sa carrière militaire (brisa son épée plutôt que de forfaire à l'honneur en prenant part à l'expulsion des frères de Plöermel, le 12 février 1904.[loi Combes] )et décida de se reconvertir dans l'agriculture, il n'eut pas de peine à persuader son frère Paul de l'accompagner et de faire une nouvelle tentative d'établissement d'une nouvelle vie, dans un pays neuf.

Ils parcoururent la littérature dithyrambique publiée par les compagnies d'immigration, à cette époque et se décidèrent pour l'Alberta.Ils arrivèrent à Calgary au printemps 1904.

Comme ils étaient Français, il n'est pas étonnant qu'à leur arrivée à Calgary, ils firent sous peu la connaissance de Madame de CHAUNY. Elle leur parla de l'expédition de son fils et d'Armand TROCHU, à la recherche d'une belle contrée, qu'ils trouvèrent finalement dans le Nord-Est.

Les de BEAUDRAP, convaincus par ce récit, décidèrent d'essayer la même région. Ils achetèrent une paire de chevaux et un "wagon" (chariot) et partirent. D'abord vers le Nord. Ils s'arrêtèrent pour leur deuxième bivouac à la sortie de la ville de Didsbury. Un campement malchanceux comme le prouva la suite des événements. Un violent orage éclata pendant la nuit et l'un des chevaux , affolé, arracha son piquet et, en cherchant à s'enfuir, se rua dans une clôture de fil de fer barbelé voisine, se blessant ainsi grièvement. Il fallait trouver un autre cheval, qu'ils réussirent à se procurer chez un homme qui tenait une écurie de louage. Après cet incident, ils atteignirent la vallée de TROCHU sans autre encombre.

Comme on l'a déjà dit, ce pays était "cartographié" (relevé de terrain effectués pour permettre la mise en vente de parcelles) mais pas encore ouvert à la colonisation.

Cependant Paul de BEAUDRAP, touva un ranch situé dans une des coulées qui mènent à la Red Deer, qui lui sembla répondre à toutes les exigences. Un homme, du nom de Hiram LETTS, vivait là mais ne voulait pas y rester, aussi pour la somme de 1000$, comprenant les constructions, les corrals, etc..., il partit et Paul de BEAUDRAP emménagea.

La nouvelle maison des de BEAUDRAP offrait sans doute un confort rudimentaire, si l'on en juge d'après les critères de leur domicile en France, mais elle se révéla bien adaptée. La maison était construite en rondins et quand elle fut décorée avec des crânes de bisons placés en quinconce sur le toit, elle offrit un aspect très intéressant et original. Abritée comme elle l'était sur le versant à flanc de coulée, son site était lui aussi très pittoresque.

Ce type d'emplacement pour les maisons du ranch offrait l'avantage d'un abri tout près de la rivière, pour avoir l'eau courante, ainsi qu'une vue admirable; mais il avait l'inconvénient de devenir assez inaccessible de temps en temps. Quand elle était boueuse ou verglacée, la route pentue qui menait hors de la coulée, devenait difficile à négocier. Cependant, ce détail était peu important pour Paul de BEAUDRAP, qui avait trouvé le site qu'il voulait.

Cette terre était répertoriée 1/4 S-E de la section 23,T32, R22, 4° Ouest, et comme son prédécesseur, il s'y installa (sans papiers) jusqu'à ce que le pays eût été ouvert, et en Août 1904, il remplit une demande de propriété (homestead). Il nomma sa nouvelle maison : Ranch Jeanne d'Arc.

Immédiatement Paul de BEAUDRAP commença à construire le ranch. Il avait acheté le bétail qui était sur place et il avait déjà sa marque , 6XP, qu'il utilisait au Saskatchewan. Il fut le premier dans cette partie du pays à labourer la terre et il existe une photo de lui, prise probablement au printemps 1905, labourant un terrain avec sa charrue à main, pour en faire un jardin.

Madame Paul de BEAUDRAP et ses cinq enfants, Xavier, Yvonne, André, Bernard et Geneviève, le suivirent quelques mois plus tard. Ils prirent le train jusqu'à Red Deer, là Monsieur de BEAUDRAP, les attendait avec un "démocrate". Sur la route vers leur nouvelle maison, ils passèrent la nuit à l'Auberge à Pine Lake où ils préférèrent dormir dans l'écurie plutôt que dans l'Auberge elle-même.

Quand le pays fut ouvert à la propriété, tous les membres de la famille de BEAUDRAP, qui remplissaient les conditions achetèrent et prirent des droits de préemption. Outre Paul de BEAUDRAP, il y avait son frère Roger, le fils aîné de Roger, Pierre, qui les avait accompagnés à TROCHU et plus tard deux fils cadets une fois leurs études en France terminées; de mêmeque François de TORQUAT, qui épousa le 8 Septembre1910, une des filles (Madeleine) de Roger de BEAUDRAP, dont il eut trois enfants nés à TROCHU, acheta lui aussi un titre de propriété.

Mariage de F. de TORQUAT & de Madeleine de BEAUDRAP
Famille de TORQUAT

 

Au Nord du secteur communal 32, s'étendait un grand territoire appartenant au C.P.R (Canadian Pacific Railroad) et les colons n'avaient pas de droits de préemption sur eux, aussi les de BEAUDRAP furent chanceux d'avoir choisi le bon côté de la démarcation du secteur.

Les feux de prairies sont toujours un fléau de nos jours, et grâce au journal tenu par Paul de BEAUDRAP, nous pouvons décrire l'un de ces incendies.

1° Avril 1906 - Je me lève à 5h 45 avec l'intention d'aller à la messe à TROCHU VALLEY. J'arrive à 6h 15 au sommet de la Coulée pour voir où en est le feu que j'avais vu la veille au soir. Quand je vis combien il était proche, je rentrai et fis chercher par la famille toutes les vieilles salopettes et tout ce que nous pouvions trouver pour lutter contre le feu. Nous avons combattu le feu jusqu'à 5h du soir. Nous l'avons combattu le long du bord de la Coulée jusque chez CUTMORE et GANDY. Ils étaient tous deux partis à Didsbury. Nous avons sauvé leur maison, mais la grange a brûlé. Une tempête de neige nous aida ce soir là. Le feu a brûlé toute l'herbe sauf une petite langue entre les coulées que l'on a coupé pour le foin. Ce même incendie balaya TROCHU. Un grand nombre de chevaux d'un large troupeau furent brûlés là-bas, mais certains échappèrent en galopant vers le marécage en contre-bas à l'Est de la ville.

Les pionniers parlent encore de l'hiver 1906-1907 comme d'un cauchemar. Paul de BEAUDRAP avait un thermomètre et il enregistrait la température tous les jours. Pendant des semaines le thermomètre resta entre 30 et 50 degrés en-dessous de zéro, et tomba même plus bas. Le 14 Janvier, on amenait aux de BEAUDRAP treize boeufs venant du côté de TROCHU. Leurs pattes étaient en sang, d'avoir marché dans la neige verglacée. La température ce jour-là: -55 °C. Ce même jour les de BEAUDRAP avaient aussi l'intention d'aller chercher du charbon à la mine de Ghost Pine, mais ils décidèrent qu'il faisait trop froid. Ils attendirent le 16 Janvier pour y aller: il ne faisait que-54°C. Les voyages étaient difficiles parce que cet hiver là il y avait beaucoup de vent et les pistes étaient constament recouvertes. Le 17 Janvier, le commentaire de Paul de BEAUDRAP, sur le temps est le suivant: "belle journée". Il faisait seulement -43°C.

La deuxième maison à s'élever sur le site de TROCHU fut probablement la boucherie construite par Paul de BEAUDRAP, son frère Roger et le gendre de celui-ci, François de TORQUAT. Au début la boutique était ouverte seulement deux jours par semaine, les jours de courrier. Au bout de deux ans environ les de BEAUDRAP vendirent l'affaire à Léon ECKENFELDER.

La colonie française avait souvent des soirées musicales. Quand la voix de ténor de François de TORQUAT, se mélangeait à la voix de basse de Joseph DEVILDER, tout le monde était en allégresse.

A l'occasion de la journée sportive de 1909, le vainqueur de la course d'obstacle fut Xavier de BEAUDRAP, son prix , un très beau mors à gourmette donné par une firme de harnais de Calgary. Ce souvenir est toujours présent dans sa famille.

En 1914, commença la première guerre mondiale et nombreux furent les colons qui retournèrent dans la mère Patrie, y compris Xavier de BEAUDRAP. Il revint à TROCHU en 1919. En 1905/1906, il était trop jeune pour obtenir une concession ( homestead ) quand la terre fut disponible, aussi acheta-t-il une ferme grâce au soldier settlement board (agence immobilière pour les militaires). C'était le lot N-O 1/4 de la section 14, T., R22, 4° Ouest. Cette terre avait été prise en concession auparavant par François de TORQUAT . Là Xavier, commença à faire valoir à son compte et établit une maison. En 1922, Xavier fit un voyage en France et revint avec sa jeune épouse, née DARDIGE du FOURNET, de saint-Malô.

Les Paul de BEAUDRAP restèrent de longues années sur leur concession d'origine. Ils s'installèrent plus tard dans la ville de TROCHU où ils prirent leur retraite. Paul de BEAUDRAP mourut en 1944 et son épouse en 1942. André reprit la concession qu'il cultiva de longues années avant de prendre sa retraite à Calgary.

Monsieur et Madame Xavier de BEAUDRAP, restèrent sur leur ferme à travers les années, procédant à des améliorations, achetant des terres et élevant aussi une famille. Leurs enfants sont: Mary, Pete, Joe, Edith, Jack et Marguerite. Xavier était membre de la Légion Canadienne et actif dans les affaires communales. Il apporta aussi une aide précieuse à la compilation de l'histoire de la naissance de TROCHU pour les Archives de Calgary et d'Edmonton.

Si aujourd'hui tous ces fameux pionniers ont disparu, il reste pour honorer leur mémoire leurs descendants, dont deux fils de Xavier de BEAUDRAP, Jack & Joe, qui demeurent à TROCHU.

Le captaine Roger de BEAUDRAP