Joseph DEVILDER

1872-1938

 

Joseph, fut le troisième fils d'Henri DEVILDER, descendant d'une famille de simples fermiers de Belgique, très impliqués dans l'élevage de chevaux.

Après avoir été coursier, employé par une banque de Lille, Henri était devenu propriétaire de sa propre banque, la banque DEVILDER & Cie. Il était devenu l'un des notables du monde des Affaires lilloises.

Son fils Joseph, par contre, n'avait aucun goût pour les affaires, mais une passion pour les chevaux (on le comptait parmi les meilleurs cavaliers du Nord de la France). Après avoir quitté l'école il s'est engagé dans l'armée en 1890, rejoignant le 21éme Régiment des Dragons. En 1900 il entre dans l'école de cavalerie de Saumur où il est placé 1er , et il fut également premier lorsqu'il la quitta en 1901. Il passa les années suivantes en tant que Lieutenant au 5éme Régiment des Cuirassiers à Tours et à Lyon.

Ecoeuré à l'époque par les tendances antimilitaristes de la politique française et par le rôle dégradant imposé aux officiers de s'attaquer à l'église et au clergé, Joseph DEVILDER, partit en Alberta, sur les traces d'Armand TROCHU et d'autres amis militaires, pour y jouer un rôle important, dans la fondation de TROCHU.

Son père était entièrement d'accord avec le fait qu'il quitte l'armée à un moment aussi difficile, et l'aida financièrement.

Il aimait la vie dure et rude de là-bas: "les plus belles années de ma vie" écrivait-il. Vie de travail, de privations, mais que j'ai aimée autant que ma vie de soldat, vies de grand air, de cavalier, de risque et de belle activité physique.

En 1904, Joseph DEVILDER, arrive à TROCHU où il racheta tout d'abord la part de TABARY, qui rentra en France avec sa famille au printemps de 1905; il finança les investissements nécessaires à la construction et à l'équipement du ranch. Armand TROCHU le baptisa le " Ranch de Sainte-Anne ", en hommage à Sainte-Anne d'Auray dont le souvenir lui restait cher.

 

 

 

 

1904 - Joseph DEVILDER, dans la maison d'Armand TROCHU

Joseph DEVILDER était très aimé, grand et mince; et si, peu de gens l'ont à la mémoire, il est évident qu'il avait une personnalité particulièrement dynamique. Comme toujours prêt à l'action, il envisagea de construire une ville. On engagea des arpenteurs qui commencèrent immédiatement à établir le plan sans se préoccuper de la couche de neige qui recouvrait la prairie. L'emplacement fut choisi sur la colline qui dominait la vallée Nord. Le terrain fut divisé en lots et la construction put démarrer dès la fonte des neiges.

En 1907, un grand magasin fut bâti dans la nouvelle ville de TROCHU. Cette entreprise fut menée à bien par la famille de Jean BUTRUILLE, le beau frère de Joseph DEVILDER.

Il avait rendu visite à la France en 1907, et avant son retour au Canada, il s'était fiancé, grâce à un ami du Nord de l'Angleterre, à une anglaise qui, espérait-il, apprécierait la vie de prairies. Il avait l'intention de l'épouser l'année suivante, puis de l'emmener vivre en Alberta. Mais ceci ne devait pas se passer ainsi. Son frère aîné Pierre , décède en 1908, et son père, également très malade, le rappelait en France pour le remplacer à la banque.

C'est donc au printemps de 1908, que TROCHU VALLEY perdit l'un de ses fondateurs, il vendit ses chevaux à son ami Edgar PAPILLARD et son exploitation qui était mitoyenne de celle d'Armand TROCHU, à Gédéon MATHIEU grâce à un plan de financement imaginé par le Père BAZIN.

 

Joseph DEVILDER, quitta non sans nostalgie la petite colonie de l' Ouest canadien à la destinée de laquelle il avait largement participé pendant ces quatre années mémorables. Après son départ, et la dissolution consécutive de la Compagnie du Ranch de Sainte-Anne, les deux autres membres de l'association étaient restés à TROCHU et prenaient une part active à la vie de la communauté.

Il épousa Berthe HEMELRYK en 1908, et l'amena partager sa vie à Lille. Ils ont vécu à la campagne aux environs de Lille dans une maison qu'il appela "The Homestead". De cette union naquirent dans un premier temps, une fille Henriette en 1909 et un fils Jacques en 1914.

Il était devenu banquier avec beaucoup de réticences et regretta la vie robuste de plein air qu'il aimait tant. Je le cite à nouveau: " J'ai prévenu l'avenir incertain des banques privées et pu négocier en 1913, l'absorption de la banque DEVILDER dans le Crédit du Nord ". De cette grande banque il devint administrateur, et essaya de devenir un banquier très digne d' éloges.

 

En Août 1914, sa femme et ses deux enfants étaient en Angleterre avec les parents de son épouse. Lors de l' invasion de la Belgique par les Allemands, et leur approche de la frontière française, " Jo ", comme il aimait se faire appeler, réussit avec l'aide du Maire de Lille à rassembler tous les Lillois en état de combattre, puis de les conduire à Dunkerque, d'où ils gagnèrent un port de Normandie. Là ils ont rejoint l'armée. Lui-même rejoignit son ancien Régiment, le 21 éme Dragons, et combattit à la guerre jusqu'en 1917, devenant Capitaine et recevant la Légion d'Honneur en 1916 sur le front de la bataille de la Somme.

En 1917, le Ministère de la Guerre l'envoya à Washington avec la Haute Commission française. Après la guerre il s'est installé à Paris en tant qu'administrateur du Crédit du Nord.

En 1921 il avait quatre enfants: deux garçons Jacques et Nicolas et deux filles Henriette et Patricia. Mais Jacques, son ainé, est mort d'un accident tragique en 1921.

Les années vingt étaient prospères. Il avait fait une jolie maison à côté du Golf de Saint-Cloud (le golf fut son passe-temps préféré, après l'équitation), et il avait fait de gros efforts pour devenir un homme d'affaires compétent. Mais le premier crash boursier de 1929 fut une catastrophe. Tout ce qu'il avait gagné fut perdu lors de ses efforts pour racheter les actions en perte du Crédit du Nord.

A la suite d'une longue maladie, il est mort le 9 Octobre 1938, triste de n'avoir rien à laisser aux enfants qu'il avait élevés dans le confort, et dans la crainte pour eux d'une guerre qui s'approchait.

Sa fille ainée venait de se marier avec Yves de PALMAS, d'une vieille famille coloniale. Son fils Nicolas, combattit avec le 4éme Hussards (les dernières batailles livrées à cheval, et avec difficulté!) et fut fait prisonnier en Allemagne jusqu'en 1945. Après la Libération , il est devenu Prêtre, mais il se tua dans un accident de moto en 1952.

Il n'y aura donc pas de fils pour perpétuer le nom, mais deux filles et leurs enfants et petits enfants qui chérissent sa mémoire, et grâce à ceux qui se sont succédé dans le vieux "Homestead" la mémoire de Joseph DEVILDER peut être ranimée un peu dans les prairies du Canada qu'il aimait tant.

Dans la vallée de Sainte-Anne Ranch, le souvenir du passé se fait encore sentir, la vieille maison de Joseph DEVILDER est encore à sa place et est actuellement occupée par Louis et Lorène FRERE.