NECROLOGIE

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Le capitaine Henry TROCHU

 

Une douloureuse nouvelle nous parvient du Sud-Oranais.

Le capitaine Henry Trochu, du 2e spahis, fils de notre sympathique concitoyen, vient de mourir à l’hôpital d’Aïn-Sefra, des suites d’une blessure contractée quelques mois plus tôt.

Le défunt capitaine était au 22e dragons, à Reims, quand commencèrent les hostilités au Maroc. D’un tempérament actif, voire aventureux, la vie calme et monotone de la métropole lui pesait: tout de suite donc il demanda son changement et obtint de passer au 2e spahis; il fut, par la suite, envoyé avec son escadron dans le Sud-Oranais pour participer aux opérations contre la formidable harka qui tenta au mois de septembre dernier, un effort aussi désespéré que vain en vue de nous chasser des postes avancés que nos troupes occupaient à la frontière marocaine.

Un accident très banal devait bientôt, hélas! se mettre en travers des projets et des espérances du courageux officier; un jour il eut un doigt broyé par une porte d’écurie; on voulut l’envoyer à l’hôpital, il refusa, et après avoir été pansé, continua son service; sur ces entrefaits un médecin inspecteur passa qui ordonna de l’évacuer, aux fins d’opération, sur l’hôpital d’Oran: l’opération terminée, le capitaine Trochu, impatient de reprendre son service, n’attend point que la cicatrisation de la blessure se soit faite; il repart, malgré l’avis des médecins, et va à Beni-Ounif, prendre la tête de son escadron. Mais la blessure s’est rouverte. A la date du 16 courant, le capitaine Trochu télégraphie à son père qu’il est en aussi bonne santé que possible mais qu’une nouvelle opération va être nécessaire. Pour subir cette seconde opération, il se rend à Aïn-Sefra. Mais il a perdu un temps précieux; l’opération nouvelle ne doit pas le sauver et il meurt, en pleine activité, en pleine force aussi, n’ayant même point, peut-être, la consolation de voir à son chevet la femme et les trois enfants qui, avec le metier des armes, étaient toute sa vie !

Le capitaine Trochu qui était chevalier de la Légion d’Honneur depuis un an, était sorti du rang après avoir fait à Saumur le stage réglementaire. S’il n’eût écouté que sa nature rebelle au repos, il fut parti de suite au Soudan; mais il sentait quel coup son départ eût porté à sa mère, déjà malade; et plutôt que de lui causer cette peine, il se résigna à rester dans la métropole.

Au père de capitaine Trochu, à sa femme et à ses enfants, à toute sa famille enfin, nous offrons, avec l’expression de notre sympathie attristée, celle de nos sentiments de bien vives et bien sincères sympathies.

Les obsèques du capitaine Trochu, de 2e spahis, mort dans des conditions qu’a relatées la France militaire, ont été célébrés à Aïn-Sefra.

Le colonel de Bouillon commandant le 2e spahis, le chef de bataillon Bourgue commandant d’armes, les officiers de la garnison, les fonctionnaires et les délégations de chaque corps y assistaient. La fanfare, les tambours et clairons du 2e étranger jouaient des airs funèbres.

Après la cérémonie religieuse, le convoi funèbre se rendit à la gare où devait avoir lieu l’embarquement du corps à destination de Quimper.

Là, en quelques paroles émues, M. le colonel de Bouillon retraça les différentes phases de la carrière militaire du défunt venu depuis peu en Algérie, hanté par le désir de faire campagne. Il se représenta comme un brillant officier ayant de qui tenir, et il exprima tous les regrets que lui causait sa mort prématurée.

Beni-Ounif
Aïn-Sefra, l'hôpital

 

 

Simone, Yvonne TROCHU née ROUSSIN, René

Odette

Quimper - Odette & simone Trochu