Les BRUNET

 

Conseillers du Roy et Magistrats

 

hommes d'affaires & Marguilliers

 

Sous Louis XIV:

Les BRUNET n'ont pas en Berry des origines aussi anciennes que leurs alliés GOURDON.

Le premier dont nous retenons le nom, Girault BRUNET, arrivait de LUYGARD (ou LUGARDE, près de Condat, Cantal) en Auvergne, lorsqu'il s'installa à Romorantin au début du règne de Louis XIV.

 

Lugarde (Cantal)

 

Son fils, Anthoine BRUNET, se fixa à VIERZON après son mariage, en 1694, avec une jeune berrichone Perpétue BICHON,. Il y acquit l'office de Receveur du Tabac.

On devenait alors fonctionnaire, ou "officier", en achetant un "office" à l'Etat, lorqu'il en créait, plus fréquemment à son titulaire ou à ses héritiers, comme on achète actuellement une étude de notaire ou d'avoué, un cabinet d'avocat au Conseil d'Etat et à la Cour de Cassation. Cette charge valut à Anthoine BRUNET, le droit de porter le titre honorifique de "Conseiller du Roy".

Il fut également parmi les notables auxquels le Roy, en pénurie de ressources, octroya des armoiries, contre payement d'une taxe uniforme de vingt Livres. Un très grand nombre d'armes ont cette origine. Sans signifier un anoblissement, elles apportent le témoignage que leurs bénéficiaires étaient, voici deux siècles et demi, des notables ou fonctionnaires d'un certain rang et que leurs familles méritaient considération. Le service officiel qui avait charge de délivrer les attestations d'armoiries nouvelles, ou d'enregistrer les anciennes, fut sous l'Ancien Régime entre les mains de la famille d'Hozier, de père en fils, comme tant de charges. Le commis des d'Hozier, qui composa l'écu d'Anthoine BRUNET, le 20 Septembre 1699, s'inspira assurément de la couleur évoquée par son nom en y introduisant, avec quelque malice, un nègre comme pièce principale:

 

"D'or à une tête de more de sable, accolée et perlée d'argent, et accompagnée de trois boutons de rose au naturel".

 

Mais c'est bien inconsciemment qu'il préfigurait, par le champ d'or sur lequel il le fit reposer et par les perles dont il cercla son cou noir, l'étonnante fortune qu'édifia le fils aîné d'Anthoine BRUNET. Cette fortune, d'ailleurs, ne put échapper aux conséquences de la Révolution et des partages.

Un travailleur infatigable:

Anthoine BRUNET avait eu deux fils et une fille. Estienne, l'aîné (1697-1773), fut le seul fils qui fit souche. Il avait épousé, en 1724, Elisabeth BARRIÈRE (1702-1781). Ils eurent 13 enfants, dont seulement 7 atteignirent l'âge adulte.

Estienne BRUNET fut échevin de VIERZON, Conseiller du Roy et Receveur des Consignations au baillage de VIERZON. La possession d'une charge n'était pas incompatible avec le négoce, et Anthoine BRUNET en avait apporté le témoignage. Mais les opérations de son fils eurent une toute autre envergure. Elles portèrent principalement sur les ocres et les bois, accessoirement sur les fers.

Les ocres du Berry:

Ouvrons l'un des vieux in-folio, au dos couvert d'arabesques d'or assourdi, du dictionnaire du commerce: d'ochre ou ocre... Les meilleurs ocres se trouvent en Berry et les mines en sont à Saint-Georges sur la Prée. Feuilletons maintenant la donation-partage, faite en 1771, par Estienne BRUNET à sa femme à leurs enfants. Nous y voyons qu'ils possèdaient et habitaient, l'été sans doute, une maison à Saint-Georges sur la Prée à trois lieues de VIERZON...

Estienne BRUNET, avait vu le parti qu'il pouvait tirer de l'exploitation de ce produit régional, base principale de la peinture extérieure des bâtiments, aussi bien en France qu'à l'étranger. Par le Cher et la Loire, grande voie commerciale du Centre à cette époque, il les acheminait vers Nantes. Son fils aîné, Estienne Gabriel, qui habitait cette ville, en assurait le broyage, et les expédiait par mer, non seulement dans les ports français, et jusqu'à Marseille, d'où elles allaient égayer les mas et les bastides, mais aussi, par la mer du Nord, à Rotterdam, Amsterdam, et Hambourg, où elles protégeaient les hautes façades des maisons des ports contre les brumes marines.

Bois merrains & charpentes:

Lorsque vous parcourez certaines forêts du Centre, vous apercevez, dans les coupes, des planchettes soigneusement empilées, non pas sciées, mais fendues avec art. Ce sont les merrains, dont on fera les douves des barriques du Bordelais, et les précieuses douelles de Tronçais, qui forment les fûts dans lesquels vieilleront et se teinteront les fines de Cognac.

Par petites ou grosses coupes, aux particuliers, aux communes, au Roy, Estienne BRUNET achète les bois, par l'intermédiaire de son fils Nicolas Euzice et d'un de ses neveux. Partie est vendue au long de la Loire; par laquelle, comme les ocres, les merrains et aussi les bois de charpente descendent vers Nantes. De ce port, Estienne Gabriel les adresse par flûtes ou autres navires de charge à ses correrspondants des ports de La Rochelle et de Bordeaux.

Fers & Clous:

En suivant quelques routes du Cher (Levet à Dun par exemple) on longe des terrains incultes et pierreux, parsemés de petites excavations. Ce sont d'anciennes fouilles de minerai de fer. La compagnie de Fourchambault les a reprises temporairement au XIX éme siècle. Des forges existaient jadis dans la région. Les plus connues à la fin du XVIIIéme siècle étaient celles de Tronçais. Estienne BRUNET leur achetait notamment les fers destinés à l'approvisionnement des cloutiers.

Retraite:

Jusqu'à l'âge de 74 ans, ce grand laborieux garda en mains cette très grosse entreprise: industriel, négociant, exportateur. Nous pouvons l'imaginer, penché sur le Traité des opérations de banque et des monnaies payé six livres, combinant ses opérations avec les places étrangères, feuilletant ces pages où sont pittoresquement figurés doublons, escus, rixdales, thalers, florins, cependant qu'en tête du volume, une grande gravure représente les voiliers évoluant en un port lointain.

Il voulut toutefois arrêter son activité avant d'être devenu inférieur à sa tâche. Le voici en son logis de la rue de l'Etape au vin composé de deux maisons provenant de la famille d'Elisabeth BARRIÈRRE. Peut-être est-ce un jour de tranquillité, le soir d'un Dimanche. Il vient de rentrer. Sa canne, dont le lourd pommeau de fer aux ornements Louis XV fait une arme véritable, est dans un angle du vestibule. Il a remplacé sa perruque par un bonnet de velours cramoisi bordé d'argent et jeté un vêtement d'intérieur sur son gilet d'apparat où les soies de couleur et les fils de métal entrelacent leurs ornements. Sa femme est à côté de lui, car elle a bon jugement, et il s'agit de leur fortune commune. Le soir tombe sur la ville, comme le jour baisse sur leurs vies. Autour d'eux se noient dans l'ombre les tapisseries qui tendent sur les murs leurs verdures un peu ternes, ou les égaient de personnages chinois tissés à Aubusson.

Ils s'accordent pour estimer " que leur âge ne leur permet plus de continuer leur commerce et de s'occuper de l'administration de plusieurs biens-fonds. Ils considèrent aussi les services que leur ont rendus Estienne Gabriel BRUNET leur fils aîné, résidant à Nantes pour leur compte, depuis environ 27 ans, et Euzice Nicolas BRUNET, leur fils puîné, demeurant avec eux, qui n'a cessé de s'occuper aux affaires de leur maison ", et veulent le reconnaître.

Et Estienne BRUNET commence la rédaction du projet de donation de tous les biens, ne se réservant que peu de capitaux et une rente de 2.100 Livres. Il note tout d'abord le texte exact des considérations ci-dessus. Puis il aligne les valeurs des stocks d'ocre et de merrains déposés dans les ports fluviaux et maritimes, des coupes de bois sur pied ou en exploitation, des créances commerciales, du matériel industriel; il énumère les immeubles, six domaines, onze locatures, neuf maisons, dont plusieurs à VIERZON. Et quant il a terminé son inventaire, incorporé les rapports de dots et donations, réduit les créances douteuses, le vieil homme d'affaires berrichon constate qu'il a porté à plus de 600.000 Livres les 11.000 Livres que sa femme et lui avaient au total reçues en dot.

Il n'y a nul doute qu'il puisse se rendre ce témoignage que son labour a toujours été loyal et droit comme le sillon du bon laboureur. Il n'a pas trahi l'engagement qu'il avait formulé en tête d'un de ses livres de comptes, le 23 Mai 1743:

Nomine (Domini) incipiatur Ejusque finitatur

Que toutes mes entreprises commencent et s'achèvent au Nom du Seigneur.

Un autre livre commençait ainsi: " Au nom de Dieu et pour Sa Gloire - liste des biens et rentes que nous avons acquis ". C'est par des fortunes analogues qu'Anthoine et, plus tard, son petit fils Euzice commençaient leurs comptabilité. La formule était générale, ce qui n'en annule pas la qualité, mais montre à quel point la vie courante était pénétrée par le spirituel. La Révolution n'abolit pas brutalement cet usage. Certains comptables se bornèrent à biffer leurs livres "Dieu " et à lui subtituer " Au nom de l'Etre Suprème ".

Le fabuleux Grand Achard:

Par son mariage avec Elisabeth BARRIÈRRE, Estienne BRUNET avait fait entrer des descendants dans la lignée de Jean ACHARD, dit Le Grand Achard. Quel était ce personnage légendaire? Qu'avait-il fait? Quand vivait-il. Mystère. Un point cependant était acquis; il avait rendu de tels services à la région qu'un très ancien seigneur de VIERZON avait exempté tous ses descendants de certains impôts, depuis le XIII éme siècle environ. Bien entendu nombreux étaient les contribuables qui recherchaient cette profitable paternité. Le fisc se défendait comme il pouvait et les décisions cherchaient à limiter les dégâts. L'ancienneté du privilège et des réclamations est attestée par des lettres patentes du Duc Jean 1er de Berry, de Février 1372. Elles avaient fixé une sorte d'aristocratie vierzonnaise, dont faisaient partie les ayeux d'Elisabeth BARRIÈRRE. Une nouvelle démonstration de cette filiation fut élaborée en 1785 par Estienne Gabriel BRUNET, fils ainé d'Elisabeth. Il est à craindre que l'acte notarié dressé en suite de ces recherches ne serait pas actuellement opposable aux actes de poursuivre verts, roses ou bleus du percepteur de VIERZON.

Ce qui advint des enfants d'Estienne BRUNET:

La veuve d'Estienne BRUNET mourut en 1781. Son testament prouve qu'elle ne savait pas l'orthographe, mais qu'elle avait un solide jugement. Elle acheva au mieux les dispositions communes prises du vivant de son mari pour maintenir un équilibre raisonné entre ses enfants, dont la vie s'orienta comme il suit, après le décès de leurs parents.

Anne Elisabeth BRUNET, née en 1726, avait épousé en 1752, Jean-François SALLÉ de CHOU, Conseiller du Roy, Receveur des Amendes des Eaux et Forêts à Bourges.

Armes: D 'argent à une ancre de sable, les deux anneaux et les deux pointes d'or. (Les armes d'Empire diffèrent).

On a conservé de lui une lettre d'une piété fort élevée qu'il écrivit à sa belle soeur, veuve d'Estienne Gabriel BRUNET, lors du décès de ce dernier en 1789. "

C'est un décret divin, irrésistible à toute créature humaine qu'après la vie terrestre Dieu nous a destiné pour revivre éternellement dans un autre monde. Il faut espérer que c'est pour cette jouissance que Dieu a appelé votre cher mari, l'en trouvant digne...et, si les décrets de Dieu avaient mis quelque intervalle pour son âme à cette heureuse jouissance, j'ai demandé pour demain une messe de Requiem afin d'accélérer le repos de son âme".

Un fils de Jean François SALLÉ, Estienne François, Député aux Etats Généraux en 1789, Premier Président de la Cour de Bourges, Baron d'Empire épousa sa cousine germaine Marie Pélagie MAIGREAU, petite fille d'une soeur d'Estienne BRUNET.

Une autre fille, Madeleine BRUNET, épousa en 1755, un orléanais P.G. AIGNAN-GRANDMAISON, et fit souche dans cette ville.

Sur onze fils d'Estienne BRUNET, six étaient morts en bas âge.

Un septième, Gabriel Laurent BRUNET de la MORNETIÈRE (1740-1767), laissa un fils qui fut Conseiller à la Cour de Bourges et mourut célibataire en 1849.

Quatre fils subsistèrent lors du décès de leur père en 1773. Nicolas Euzice BRUNET de la MORANDERIE, né en 1727, Conseiller du Roy, Receveur des Consignations - office acquis pour 800 livres de la succesion de son père - Echevin de VIERZON, Procureur fabricien de Notre-Dame. Il avait épousé en 1775 M. AUGER . Une de leurs petites-filles, Angélique ARNAUD, née en 1799, épousa Victor DELAMALLE. De cette union naquit Agathe DELAMALLE, première femme de Ferdinand de LESSEPS.

Fernand BRUNET était en excellents rapports familiaux avec Charles de LESSEPS, fils aîné du "grand Français".Il reçut de lui des documents fort interessants sur la Société commerciale des fils d'Estienne BRUNET. Charles de LESSEPS fut étroitement associé aux travaux de son père, partagea ses heures de gloire, chevaucha avec lui aux côtés de l'Impératrice Eugénie lors des fêtes de l'inauguration du Canal de Suez, le 18 Novembre 1869, et le soutint avec un dévouement admirable dans ses épreuves ultérieures. Pour ceux qui se plaisent aux rapprochements imprévus,, je noterai que Charles de LESSEPS est pour les BRUNET un parent commun avec le Prince Impérial, fils de Napoléon III et de l'Impératriuce Eugénie; car il descend par sa mère, DELAMALLE, d'Estienne BRUNET, ancêtre de tous les BRUNET, et par son père, LESSEPS, d'ascendants espagnols d'Eugénie de MONTIJO.

Pierre Joseph BRUNET de POTTE, né en 1730, fut Conseiller du Roy et Contrôleur du fait commun à VIERZON.

C'est à Nantes que se fixèrent les deux autres fils d'Estienne BRUNET.

NANTES pôle d'attraction des BRUNET:

Par ses opérations d'exportation, Estienne BRUNET avait orienté sa famille vers Nantes, pour plusieurs générations. Il y avait envoyé son fils Estienne Gabriel (1725-1789), qui y passa près de trente années, et, indépendamment des affaires de son père, avait pris des intérêts sur des corsaires et dans des ventes de pacotille aux colonies.

D'autre part, Pierre BRUNET jeune ,13éme enfant d'Estienne BRUNET, né en 1741, attiré par son frère aîné, se fixa à Nantes où il s'adonna au négoce. Sa petite-fille épousa en 1826, un fils de l'amiral HALGAN, pair de France, leur fils, Stéphane HALGAN fut sénateur de la Vendée.

Nous verrons plus loin que les liens créés par les descendants de Pierre BRUNET avec les divers milieux nantais attirèrent plus tard un de ses petits neveux berrichons.

Estienne Gabriel BRUNET n'avait pas le goût des responsabilité; aussi, lorsque la donation de ses parents, en 1771, l'eût fait passer du rôle de préposé de son père au rang de co-gérant de l'entreprise familiale, il envisagea son retour à VIERZON et son retrait de l'indivision établie par la donation entre lui et ses deux frères Pierre jeune et Nicolas Euzice. Ceux-ci constituèrent une Société commerciale qui dura jusqu'en 1786, et ce sont leurs deux noms qui figurent imprimés sur les "connaissements" timbrés d'un beau navire, toutes voiles dehors, remis aux capitaines responsables des cargaisons.

Le Marguillier de Notre-Dame:

C'est vraiment une seconde tranche de vie qui commence à VIERZON pour Estienne Gabriel BRUNET.

Il épousa en 1780, à 55 ans, Catherine Elisabeth RUELLÉ de BOISGIRARD, qui en a 43. Le ménage s'installe dans le grand logis de la rue de l'Etape au vin (la veuve d'Estienne BRUNET, Elisabeth BARRIÈRE meurt en 1781). Un fils naît. Estienne Gabriel a acquis l'office de Receveur des amendes, contributions et consignations de la Maitrise des Eaux et Forêts de VIERZON; il est Conseiller du Roy, procureur, receveur des deniers de la paroisse Notre-Dame. Il est en situation considérée dans la cité.

Les cloches sonnent la grand'messe. Estienne Gabriel a mis son beau gilet de soie vert pâle brodé de fleurettes, ou son gilet puce aux broderies ton sur ton. Arrivé sur la petite place qui précède l'église, avant d'aller prendre rang au banc d'oeuvre, il s'arrête, met sous son bras son jonc à pomme d'or gravée à ses initiales, GB et pince une prise dans sa tabatière aux trophées d'instruments de musique encadrés de rinceaux fleuris, dont l'or fut ciselé en 1761 par le maître orfèvre parisien, Eloy BRICHARD. (l'attribution de la canne et de la tabatière est certaine).

Estienne Gabriel BRUNET est un homme grave et craignant Dieu. Lorqu'en 1789, l'année même de sa mort (il avait 63 ans), il rédige ses dernières volontés, il demande instamment à son neveu, Etienne François SALLÉ de "veiller à l'éducation et aux bonnes moeurs" de son fils Etienne Nicolas, qui vient d'avoir huit ans. A ce fils il adresse des conseils qui tiennent compte de son jeune âge et aussi des sentiments de sa mère, un peu trop "couveuse" peut-être, et laissant apercevoir la rigidité mais aussi le coeur du père: "Mon fils, respectez votre mère, malgré que vous sentirez peut-être trop tard la trop grande amitié qu'elle a pour vous. Si je ne vous ai pas témoigné autant d'affection qu'elle, je ne vous en aime pas moins, et si je n'ai pas été toujours condescendant à toutes vos volontés, c'était pour votre bien, mon intention ayant toujours été de faire de vous un bon chrétien ... Rapportez tout au Seigneur. C'est de Lui que nous tenons les avantages que nous avons tant de la nature, de la science que de la fortune".

Dans ses libéralités (honoraires de messes, dons aux pauvres honteux) il montra qu'il n'oubliait pas ce grand port où il avait passé les deux tiers de sa vie d'adulte.

Très attaché aux souvenirs familiaux, il s'était penché sur la tradition du Grand Achard et avait établi des tableaux généalogiques qui ont été fort utiles à son arrière petit fils Fernand BRUNET. Sur l'un de ces tableaux, daté de 1778, sa veuve écrit: "C'est Estienne Gabriel Brunet, mon cher mari, qui a fait cet ouvrage. Je prie ceux qui le verront de prier Dieu pour lui et pour moi".

Catherine Elisabeth RUELLÉ de BOISGIRARD survécut 30 ans à son mari. Elle résidait dans la maison de la rue de l'Etape au vin où sa tendresse maternelle aurait souhaité retenir le plus possible son fils Etienne Nicolas, et il fallut toute la persévérance pleine de tact de son neveau Etienne François SALLÉ, auquel avait été confié la tutelle éducative du jeune homme, pour assurer sa mission en l'envoyant hors VIERZON pour parfaire sa formation.

En 1793 la veuve d'Estienne Gabriel fut sévérement imposée à la taxe révolutionnaire avec cette mention " riche avare fanatique". Elle mourut tragiquement en 1819, le feu ayant pris à sa robe. La maison resta inoccupée pendant 44 ans jusqu'à sa vente par Alphonse BRUNET qui en hérita à la mort de son père en 1862.

Le vieux logis fut alors démoli et devint la place du Marché aux pommes.

Mais, de ce cadre familial, tout n'a pas péri. Alphonse BRUNET en a retiré les tapisseries qui avaient entouré la vie de deux ou trois générations de BRUNET. Certaines était à vrai dire en triste état et ont fini leurs jours dans les selleries de Soulangy ou de l'hôtel de la rue Joyeuse à Bourges. Des verdures sont conservées à Neuville et à Soulangy. Et l'on a mis en bonne place deux pièces de la série chinoise, la partie gauche de la "Chasse à l'oiseau" et la "Fête chinoise" où Boucher s'est inspiré, pour la scène centrale, des Ballets chinois du Chevalier Noverre qui eurent un incroyable succès à Paris et en province.

Etienne Nicolas BRUNET d'ANVAULT, conseiller à la Cour:

Etienne Nicolas BRUNET (1789-1862), fils d'Estienne Gabriel et d'Elisabeth RUELLÉ de BOISGIRARD, n'avait que 9 ans à la mort de son père qui lui avait assuré un affectueux mentor en la personne d'un cousin germain, sensiblement plus âgé, Etienne François SALLÉ. Celui-ci, fils de Jean François (dont j'ai cité plus haut la belle lettre écrite lors du décès du père d'Etienne Gabriel), prodigua à son jeune cousin ses conseils, ses avis et ses directives avec tact, une affection, une élévation de sentiments où l'on retrouvait, développées par les circonstances, les remarquables qualités et vertus de son père. Grâce à l'orientation qu'il donna aux études d'Etienne Nicolas, il eut la satisfaction de le voir entrer dans la magistrature en 1809. Et lorsque son cousin, âgé de 32 ans seulement, vint s'asseoir à ses côtés comme Conseiller à la Cour d'Appel de Bourges, dont lui-même, Baron SALLÉ, était devenu Premier Président, il put considérer qu'il avait justifié la confiance que trente ans auparavant avait mise en lui, son oncle Estienne Gabriel BRUNET.

Peu après sa nomination de juge à Bourges, en 1809, il avait épousé Anne GRILLON d'ANVAULT (1789-1860), dont les origines familiales seront exposées plus loin.

Le ménage acheta, rue des Vieilles Prisons, une maison en partie du XVéme siècle, située sur le restes des murailles gallo-romaines, dont une tour est incorporée dans le vieux logis. Après ses parents, leur fils Ferdinand occupa la maison jusqu'à son décès (1892). La demeure fut alors vendue.

Les BRUNET d'ANVAULT avait eu une servante, Perpétue DESROSIERS, femme GUIGNARD, dont la mémoire mérite d'être conservée, au même titre que celle de Madeleine LECULIER (voir vieilles maisons de VIERZON) car elles furent toutes deux de véritables "données" n'ayant jamais servi chez d'autres maîtres, et s'étant identifiées à la famille.

D'après les souvenirs de son petit fils Fernand, E.N. BRUNET était grand, d'allure distinguées et de physionomie agréable5. Il nous est parvenu des témoignages de sa piété. Nous avons son Imitation de Jésus-Christ, un volume du milieu de XVIIIéme, imprimé à Toulouse, orné de vignettes typographiques de Fournier le Jeune, tout désarticulé par un fréquent usage. Il semble qu'il l'emportait sous son bras pour méditer à l'église Notre-Dame lorsque, jeune homme il habitait VIERZON; car une mention de sa main invite ceux qui la trouveraient à le rapporter à M. BRUNET d'ANVAULT au Marché au vin (rue de l'Etape au vin).

Il avait hérité de son père le souci des traditions familiales. Il recommanda à ses enfants de suivre les conseils de leur grand père, plan de vie dont il leur laissait le texte, et concluait ainsi ses volontés dernières: " songez, mes enfants, qu'une famille nombreuse est bien forte quand tous ses membres se soutiennent et ne forme qu'un seul faisceau.. Donnez l'exemple d'une union solide basée sur la morale évangélique, et puissent vos enfants se perpétuer dans la pratique de vos vertus".

Il naquit aux BRUNET d'ANVAULT, six enfants dont cinq seulement parvinrent à l'âge adulte.

Pour deux de ses fils Etienne Nicolas BRUNET tenta, vainement, d'obtenir le bénéfice indirect des bourses fondées par un grand oncle (Rousseau). Malgré le libellé de la demande, il semble qu'elle fut motivée par des difficultés pécuniaires que par le désir de remettre en valeur des droits familiaux. L'intérêt de son exposé réside actuellement dans les indications qu'il donne sur les causes de dépréciation des fortunes: chute de l'Ancien Régime, effondrement des Assignats, impossibilité de recouvrer les rentes, faillites, etc... alors que les biens fonciers résistaient.

Après le décès des parents, leurs immeubles, ainsi que ceux provenant de la donation faite par Théodore GRILLON d'ANVAULT, furent ainsi répartis, en 1863:

Armand: Les Monteaux, Domaine de Potte, Pré de L'Anglie

Alphonse: Pierrefitte (Domaine du Chêne et de la Goarie), maison de la rue de l'Etape à VIERZON, pré de Dournon et de Saint-Langeau, terrain de la Gaucherie, domaines de Moulin du Bois, d'Ainay

Joséphine: Propriété de Luçay, Maisons de l'Intendance et de la Boule d'Or à VIERZON, petite maison de la rue de l'Etape, pré à Brécy

Ferdinand: Propriétés de Nieul à Montierchaume, de Villeclair, du Poirier, maison de Bourges, rue des Vieilles Prisons, petite maison rue Saint-Pierre à VIERZON, locature de la Gaucherie

Eugène: Propriétés de Cerbois, Sermelle (ou Serruelle, maisons rue Saint-Jean et rue des Capucins à VIERZON.

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