Pierre-Henry GAUTTIER du PARC

1772-1850

Hydrographe & marin

peinture de Jacques François PEYNAUD

La famille Gauttier peut compter parmi les plus vieilles familles de Saint-Malô. Ses divers représentants furent tour à tour négociants, armateurs, marins; beaucoup firent la course pour le compte du Roi.

Sous la Régence, on trouve Louis-Henri Gauttier. Il était négociant et épousa Marguerite Phellipes qui lui donna trois fils: Thomas, Pierre-Henri, Charles.

Le cadet, Pierre-Henri Gauttier du Parc, dut sans doute son anoblissement à quelque notable service qu'il rendit au Roi ou encore l'obtint en récompense de soins bénévoles apportés à une charge civique, comme il était fréquent alors. Il était armateur à Saint-Malô. Il épousa Perrine Loyson de la Rondinière le 17 Septembre 1761; c'était la fille de Mathieu Loyson de la Rondinière, qui s'était brillament distingué dans la course durant la Guerre de Succession d'Autriche.

Ils eurent treize enfants : quatre fils et neuf filles. Trois furent marins, ce qui était le moins qu'on puisse attendre d'une famille malouine.

Pierre-Henri fut le huitième enfant, il naquit à Saint-Malô le 16 Août 1772.

Il reçut à Saint-Malô une éducation aussi solide que le permettait les coutumes du temps, car dès l'âge de seize ans, il s'engage comme volontaire à bord de la "Duchesse de Polignac" qui faisant le tour de l'Atlantique selon les conditions commerciales d'alors. Le navire se chargeait de verrerie et de cotonnades, qui s'échangeaient contre du bois d'ébène sur la côte d'Afrique. Le Capitaine mettait le cap vers les Iles du Vent, la Martinique ou Saint-Domingue, où se vendaient les esclaves noirs indispensables aux exploitations coloniales; puis il rechargeait ses cales de sucres, épices ou tabac à destination de l'Europe.

Dix neuf mois plus tard, la "Duchesse de Polignac" revenait à Saint-Malô et Pierre-Henri Gauttier du Parc qui, par son naturel se complaisait à l'étude, en savait autant qu'on put en savoir à son âge.

A son retour, on lui raconte, encore tout chaud, le fameux exploit accompli par ses soeurs et qui restera célèbre dans la famille.

L'EPISODE des EBIHENS

Les Gauttier du Parc possédaient un petit ilot, fortifié autrefois, non loin de la côte de Saint-Malô. Le fort qui y restait, était abandonné, seule une vieille pièce de canon y avait encore sa place mais elle n'avait pas dû servir depuis bien longtemps.

Un jour les demoiselles Gauttier du Parc étaient dans leur petite ile, elles étaient seules, les hommes étaient sur mer.

Une frégate anglaise, ayant pu éviter les corsaires, crut trouver le moment favorable pour tenter un coup de main sur le sol de France, mais elle avait compté dans le petit ilot des Ebihens pourtant bien humble et sans défenseurs. Seules les demoiselles Gauttier du Parc voyaient arriver sur elles les voiles ennemies.

Ile des EBIHENS, située à la pointe de Saint-Jacut de la mer

Que faire en cette circonstance? A qui recourir? Doivent-elles laisser, impassibles, la manouevre s'effectuer avec toutes ses conséquences? Que peuvent faire six demoiselles?

Mais le sang corsaire de Mathieu Loyson de la Rondinière coule dans leurs veines. Oubliant leur solitude et la pauvreté de leurs moyens, elles se sont précipitées, le coeur battant, autour du vieux canon oublié, toujours pointé vers le large, comme si l'on attendait de lui un dernier service. Ces demoiselles s'empressent, courent de tous côtés, fouillent dans le moindre recoin. Vite un briquet, vite de la poudre, vite des boulets, on s'en tirera comme on pourra.

Hélas, point de munition. Mais, par hasard, un ancien sachet de poudre. C'est suffisant. A la place des boulets, on mettra de gros galets.

Les six soeurs joignent leurs éfforts; la poudre est mise en place, deux lourds galets poussés dans la gueule du canon, il n'y a pas de temps à perdre... sans méfiance la frégate s'approche.

C'est le moment, les jeunes filles la regardent venir d'un coeur résolu, la mèche allumée à la main. Elles essaient d'apprécier la distance convenable.

Tout d'un coup, une décharge ébranle l'air, le petit fortin délabré disparait sous un nuage de fumée; c'est le vieux canon qui, faute de décharge plus meurtrière, crache ses pierres au nez de l'anglais.

Le navire est surpris par cette imprévue. Cette flamme, ces projectiles, la côte est donc défendue? Jugeant prudent d'éviter un combat incertain, la frégate vire de bord. Et bientôt elle disparait, laissant les six jeunes filles, seules sur leurs ilot, ennivrées de leur victoire.

à SAINT-MALO

Ses fonctions lui permettaient de fréquents voyages à sa ville natale et de retrouver avec joie ses frères et ses soeurs.

Chacun a poursuivi sa destinée.

Brice, l'aîné, est lieutenant de vaisseau de la Marine, cependant dès qu'une période propice apparait à l'horizon, il redevient armateur, prenant ainsi la suite de son père. Selon la paix et la guerre, il partage son temps entre les campagnes et l'armement. Ainsi, il sera tout naturellement amené, à équiper une corvette "La Magicienne" et fera la guerre de course à son compte. Il ne pourra malheureusement égaler son grand-père Mathieu Loyson de la Rondinière, et périra avec sa "Magicienne" dans un combat naval.

Etienne, est également lieutenant de vaisseau, mais le destin cruel mettra fin à sa carrière. Lui aussi, sera tué au combat.

Cette époque de guerre et de campagne n'est pas le fait d'Henri. La tranquillité d'un négoce sans danger l'attire davantage que les aventures des campagnes militaires. Il fera toujours la joie de ses jeunes neveux par ses distinctions perpétuelles et les fantaisies de son caractère.

Ses soeurs, une à une, se sont mariées, les voilà toutes établies et heureuses.

Marie-Louise, a épousé un négociant de Saint-Malô, Etienne Dolley. Catherine-Anne a épousé un architecte, professeur de dessin de Saint-Malô, car l'art et la science se trouvèrent associés dans Jacques Peynaud. Louise est mariée à Louis Lorois de famille Nantaise. Thérèse a épousé Jean Michel, Capitaine de navire. Perrine a épousé Godefroy Baudot, négociant à Nantes. Etiennette s'est prise de Joseph Merven, négociant à Brest.

EN RADE de TOULON

Le lieutenant Gauttier du Parc s'est marié avec une de ses cousines Marie Gauttier, qui lui donnera trois enfants: Charles, Marthe, Adélaïde. Il pourra à Toulon jouir de jours de repos et de toutes les douceurs de la vie de famille, quelque fois si rare pour les marins, car les années qui suivent ne présentent aucune action militaire. Les sorties de vaisseaux sont rares, à peine y échange-t-on quelques boulets en se gardant bien d'engager ou même d'annoncer le combat. La Marine Impériale n'est pas de taille à lutter contre les escadres anglaises qui croisent devant Toulon. Aux difficultés de naguère s'ajoute les soucis du recrutement: la moitié des matelots proviennent des pays soumis. Ce sont des Génois, des Piémontais,, des Toscans, tous pilleurs et insubordonnés.

Gauttier du Parc suit l'Amiral d'escadre. Quant Ganteaume, passe sur le "Majestueux", Gauttier le suit. En 1810, le Vice-Amiral Allemand le réclame à bord de "L'Austerlitz". Avec le Contre-Amiral Comte Emeriau, il retourne sur le "Majestueux". On le voit succesivement sur "L'Impérial", puis le "Septre", quand le Contre-Amiral Kerjulien en prit le commandement en 1814.

Mais ces changements semblent laisser Gauttier du Parc assez indifférent. Il continue ses travaux d'une haute portée scientifique qui ont encore gardé toute leur utilité aujourd'hui. Il lève le plan de la rade de Toulon et des petites baies avoisinantes comme celle de Sanary et de Bandol et la même égalité dans sa perfection ressort des cartes signées de lui.

 

La VENUS de MILO

En 1820, le Capitaine de vaisseau Gauttier du Parc accomplissant sa dernière croisière méditerranéenne à bord de "La Chevrette". Il avait dans son état major un jeune enseigne de vaisseau qui devait s'illustrer plus tard à plusieurs titres: Dumont d'Urville; pour cette expédition, il est chargé des observations relatives à l'histoire naturelles durant les escales.

Tout en voguant vers les Dardanelles, "La Chevrette", s'arrête ça et là, à seule fin de permettre à son Capitaine de parachever ses travaux. Ici Gauttier l'horloge relève un point incertain, plus loin il précise une roche mesurant sa longitude aux quatre montres marine qu'il a minutieusement réglées à Toulon et dont il ne se sépare pas. Chacune de ses croisières représente plus de trois cent observations et le promontoire le plus austère a plus d'attrait pour lui que le port le plus opulent.

C'est ainsi que "La Chevrette" mouille en rade de Milo, le 16 Avril où il veut contrôler le point du Mont Elie et celui de l'observatoire de la Grotte. Mais avant de pointer ses instruments Gauttier du Parc doit, selon le protocole, faire visite à l'agent consulaire. Ce dernier lui apprend qu'un paysan de l'ile a mis à jour au hasard, en bêchant son champs, deux Hermès et une statue magnifique dont on faisait grand cas.

Les officiers de "La Chevrette" décident d'aller voir aussitôt. Dumont d'Urville la décrit ainsi:

" La statue se composait de deux pièces jointes au moyen de deux forts tenons. Elle avait bien six pieds de haut; elle représentait une femme nue dont la main gauche relevée tenait une pomme et la droite soutenait une ceinture habillement drapée qui tombait négligemment des reins jusqu'aux pieds, elle sont l'une et l'autre mutilées et sont actuellement détachées du corps. La figure est très belle et serait très bien conservée si le bout du nez n'était entamé. Les oreilles étaient percées et ont dû recevoir des pendants."

La vénus de Milo (Musée du Louvre)

L'émotion à la vue d'une telle splendeur fut si vive qu'au passage à Constantinople, Gauttier du Parc et Dumont d'Urville en firent part avec enthousiasme à l'ambassadeur, le Marquis de Rivière, qui s'empresse de se rendre à Milo pour en négocier l'achat. Il faillit arriver trop tard, le paysan l'avait vendu pour 150 Frs à un prêtre grec. Monsieur de Rivière mit surenchère, acheta les primats, mais ne put embarquer la Venus sans livrer bataille; au cours de cette bataille, la malheureuse statue laissa ses deux bras sur le sol natal .*

(* La Vénus de Milo, est transbordée du navire "Le Galaxidi" à bord de la goëlette "l'Estafette. Louis XVIII en fait don au Musée du louvre, en 1821.)

Les RECOMPENSES

Ses cartes lui valurent toujours des félicitations ministérielles, mais rien d'autre. Il lui fallut attendre le retour de Louis XVIII, pour qu'il fût nommé Capitaine de frégate; un mois plus tard, le 1er Août 1814, il est fait Chevalier de la Légion d'Honneur.

De plus il a l'insigne avantage d'être maintenu en activité à une époque où la moitié des officiers de Marine furent licenciés.

Entre temps, il participe sur le "Septre" vaisseau amiral de Kerjulien, à une croisière sur les côtes d'Afrique et d'Albanie où il enrichit encore de ses observations la cartographie de la Marine française.

Puis le 1er Août 1816, il reçoit la Croix de l'Ordre Militaire de Saint-Louis.

La RETRAITE

En 1829, après trente neuf ans d'honorables services, Pierre-Henri Gauttier du Parc, obtient sa retraite et une ordonnance royale du 27 Septembre de cette même année, lui confère le grade de Contre-Amiral.

Il revient habiter sa ville natale où son fils s'est établi depuis longtemps. Là il lui sera encore accordé vingt années qu'il partagera entre l'affection des siens et ses chères horloges marines.

Son fils Charles (1822-1866) a en effet épousé à Saint-Malô, Marie-Louise Bourdet, qui lui donna quatre enfants: Marie,Charles, Marthe,Charlotte . Charles comme son aïeul, est négociant et armateur. Il tient de son père une grande conscience professionnelle qui l'achemineront vers les honneurs de la cité. Il a été nommé premier adjoint au Maire, puis sera Président du Conseil d'arrondissement et membre de la Chambre de Commerce. Poête à ses heures, il a laissé dans un receuil de "Fantaisies Poêtiques" des vers qui ne sont pas sans charme .

Ses soeurs lui ont apporté de nombreux neveux, car si le nom de Gauttier du Parc n'est plus porté aujourd'hui, les descendants du premier Gauttier du Parc et de Perrine Loyson de la Rondinière se sont multipliés à l'infini.

Gauttier l'Horloge mourut le 13 Décembre 1850 à l'âge de 78 ans; s'il a servi sous cinq gouvernement différents: la République, le Directoire, le Consulat, l'Empire et la Royauté, il a toujours apporté un dévouement à sa Patrie et à la Marine.

De son mariage avec sa cousine Adélaïde GAUTTIER, il eut deux enfants

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de Mathieu & de Pierre-Henry

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