Edouard LOROIS & Pauline RAMEL

Sous-préfet de Chateaubriant

Avocat au barreau de Bruxelles

Préfet du Morbihan

Né à Nantes le 27 janvier 1792, décédé à Arzal (Broël) le 6 mars 1863, fils de Louis LOROIS & de Louise GAUTTIER du PARC

Edouard passa toute sa jeunesse à Broël en compagnie d'un percepteur, l'abbé Carcani, dont le programme manuscrit d'éducation est encore conservé dans les archives de la maison familiale: faire marcher de pair les exercices physiques et intellectuels, ouvrir tout d'abord aux idées générales l'intelligence de l'enfant avant de l'adapter à des spécialisations telles que lettres, sciences, langues vivantes ou mortes, développer de bonne heure chez lui le goût des arts, notamment peinture et musique.

A 17 ans, le jeune Edouard LOROIS était un adolescent de haute stature, de force peu commune, au front large encadré de cheveux bouclés, au regard dominateur mais qui prenait un charme tout particulier quand sa physionomie s'éclairait d'un sourire. Possédant une culture générale très étendue, aimant les arts, peintre et violoniste de talent, il excellait en outre dans tous les exercices physiques: escrime, équitation, navigation.

Muni de ce bagage, Edouard fut envoyé à 17 ans au lycée de Nantes où il termina ses humanités, puis à Rennes pour y faire son droit. C'est là que le jeune homme probablement initié aux idées libérales par son percepteur apprend le débarquement de l'Empereur exilé à l'île d'Elbe. Avant le résultat de sa marche triomphale, Edouard LOROIS arbore le premier la cocarde tricolore et fait pavoiser la ville. Ce fait lui valut d'être désigné pour faire partie d'une députation que la ville crut bon d'adresser à l'Empereur. Au cours de la rapide entrevue qui eut lieux aux Tuileries, Napoléon remarqua ce jeune enthousiaste, s'informa et le nomma immédiatement Chevalier de la Légion d'Honneur et sous-préfet de Chateaubriant.

Cette sous-préfecture n'était pas une sinécure car elle se trouvait en plein pays chouan qui n'admettait pas les fonctionnaires de l'Empire. Emile Gabory, dans son livre «Les Bourbons et la Vendée» dit qu'entre les mains de LOROIS «L'épée vague de ce sous-préfet devient une arme réelle».

Arrive la nouvelle de Waterloo que le jeune LOROIS se refuse à admettre comme la fin du régime. Il mobilise les troupes de Chateaubriant, s'empare de deux petits canons de rempart montés sur roues et marche sur Nantes où il s'empare du château sur lequel il fait flotter, à l'ébahissement des nantais, le drapeau tricolore de sa sous-préfecture.

Il ne fut pas , semble-t-il, arrêté immédiatement après l'installation des autorités de la Seconde Restauration et continua de s'agiter. On raconte qu'il jeta dans la Loire le général commandant la ville et se battit plusieurs fois en duel avec des officiers des troupes d'occupation. Cela ne pouvait durer et il fût arrêté le 5 décembre 1815 et fit l'objet d'une mesure d'exil administratif le 16 février 1816.

Il s'installa à l'hôtel du Bon Pasteur, rue de l'Impératrice, à Bruxelles, dont la propriétaire était Anne-Marie FORTON, veuve PAUMIER du VERGER qui habitait là avec ses cinq filles et six domestiques. Tout de suite Edouard LOROIS séduisant et couvert de gloire, séduit la seconde des filles Amélie, âgée de 20 ans. Un fils Edouard devait naître de cette union le 14 novembre 1816 au château de Tribouelli sur la commune de Boisfort, près de Bruxelles, en présence de sa mère Louise GAUTTIER du PARC et du chirurgien GILLIS. Celui-ci avait été chargé de faire la déclaration à l'état civil; mais avait omis de remplir sa mission. Heureusement, le registre paroissial de Boisfort conserve la déclaration.

Ce qui est certain comme l'atteste différentes correspondances, que l'enfant fut confié à sa grand mère, qui l'éleva à Broël sous le nom d'emprunt d'Edouard MORASKI, qu'il conserva jusqu'à l'âge de vingt ans; sous les instances de sa grand mère qui demanda à son fils de le reconnaître officiellement et de lui donner son nom.

Edouard LOROIS, contraint de demeurer à Bruxelles, y exerça les fonctions d'avocat et tout naturellement fréquenta les salons de RAMEL, conventionnel régicide, ancien Ministre des Finances du Directoire, centre de réunion des proscrits.

En 1818, Edouard LOROIS, épousait la fille aînée Pauline RAMEL qui lui donnera quatre enfants suivants: Edouard (Eda), Claire-Marie, Louis-Mélanie, nés en Belgique puis Emile né à Vannes après la Révolution de juillet.

Celle-ci permit en effet aux exilés non seulement de revenir en France mais d'y prendre les places rendues vacantes par la révocation ou la démission de nombreux fonctionnaires de CharlesX.

Edouard LOROIS fut nommé préfet du Morbihan de 10 août, charge qu'il exerça durant dix huit années.

A peine le nouveau préfet avait-il pris possession de son poste qu'il se heurta à l'opposition violente et irréductible du parti légitimiste ultra qui était puissamment organisé dans le département. On savait que c'était sur les côtes du Morbihan que la Duchesse de Berri projetait de débarquer à la tête d'une troupe de partisans pour essayer de susciter dans le pays une seconde guerre de Vendée.

Grâce à son tempérament énergique, le préfet LOROIS, réussit à faire respecter le nouveau régime sans faire régner la terreur. Les réfractaires furent progressivement réduits à se rendre et, après admonestation, étaient dirigés vers leurs casernes. Seuls les chefs furent incarcérés dans la région de Vannes.

L'une des héroïnes les plus exaltées du parti ultra, Madame de CADOUDAL, se présenta un jour dans le cabinet du Préfet et tenant d'une main un ordre d'élargissement et de l'autre un pistolet chargé: " Si vous ne me signez pas immédiatement cet ordre, dit-elle, je vous brûle la cervelle ". Sans s'émouvoir, le Préfet LOROIS, l'enveloppant d'un regard qui avait un véritable pouvoir de fascination, lui répondit de la façon la plus galante: " Chère Madame, qu'être tué par une aussi jolie main rendrait encore mon trépas aimable! ". Alors, avec cette parole qu'il savait rendre si séduisante, il parla de la France, du devoir de sacrifier ses préférences personnelles pour assurer le calme et le relèvement du pays... Complètement déconcertée par cet accueil, Madame de CADOUDAL, oubliant ses projets homicides, se laissa reconduire jusqu'à la porte du cabinet du Préfet, lequel prit congé d'elle en lui baisant respectueusement la main. " Ce diable d'homme m'avait complètement ensorcelé ", disait-elle en racontant plus tard l'insuccès de sa tentative.

Mais la vie du Préfet LOROIS devait courir d'autres risques. On savait que plusieurs chefs réfractaires étaient décidés à tirer sur lui et le commandant de gendarmerie avait insisté pour qu'une escouade de gendarmes à cheval entourât 1a calèche du Préfet quand il circulait dans le département. Un jour le Préfet fit seller son cheval et annonça qu'il allait se reposer 24 heures à Broël. Le commandant de gendarmerie le supplia d'accepter une escorte...Bah ? dit en riant le Préfet, j 'ai Confiance en mon étoile ! cependant, si vous y tenez absolument, deux gendarmes seulement et à un kilomètre derrière moi. Il partit. La route menant à Broël passait à quelques mètres d'un moulin. Un des chefs des réfractaires, excellent tireur, y était embusqué. Vers le soir, il vit venir un homme à cheval, aux allures de bon bourgeois , son chapeau de paille rabattu sur les yeux pour se garantir des rayons du soleil couchant. Le réfractaire l'ajusta. Mais au moment de tirer il se dit: " il n'est pas possible que ce soit 1e Préfet, il n'a pas d'escorte " et il le laissa passer. Quelques minutes après, parurent les deux gendarmes à cheval. Le réfractaire poussa alors un juron formidable en laissant retomber la crosse de son fusil sur le plancher du moulin; les gendarmes l'aperçurent et l'arrêtèrent. " Le préfet a eu de la chance, dit le réfractaire, si je n'avais pas eu un instant d'hésitation au moment de presser la détente, il était mort ". Le Préfet avait ainsi dû son salut à son audace un peu téméraire.

Il y eut aussi une sombre histoire de duel, le Préfet LOROIS aimait beaucoup ce genre de sport, avec le Marquis de SIVRY, membre du conseil Général et chef du parti légitimiste. Il semble bien que les antagonistes ont été arrêtés sur le terrain. Le Préfet fut traduit, par privilège de juridiction, devant la Cour d'appel de Rennes qui le relaxa. Le ministère public fit appel à minima devant la Cour de cassation qui renvoya l'affaire devant la cour de Rouen.

Parmi les souvenirs laissés par le préfet LOROIS dans son département, citons le pont LOROIS sur la rivière d'Etel à l'une des extrémités duquel un hameau porte son nom.

L'arrière port de Palais (Belle-ile-en-mer) est aménagé en 1831, la jetée de Sauzon en 1833, l'hospice de Groix lui est dû (1837) et à Vannes, après que le maire Le MINTIER de LEHELEC qui est président du Conseil eût percé la butte de Kérino pour donner au port son allure moderne, il le dote en 1847 d'une cale de radoub. Les petits ports du littoral se structurent: Port-Navalo (1830), Billiers et Port-Tudy (1841), Port-Louis, Quiberon, Auray (1842), La Roche-Bernard (1845). La construction du pont de La Roche Bernard, le défrichement des alignements de Carnac. Les premiers phares allument des étoiles au firmament de la mer (Port-Haliguen, 1842, La Teignouse, 1845); en même temps que les premières illuminations de la ville de Vannes. Etc...

Edouard LOROIS était devenu préfet de première classe, commandeur de la Légion d'Honneur et Conseiller d'Etat en service extraordinaire lorsque la Révolution de 1848 mit fin à sa carrière.

Péage du Pont LOROIS - Alignements de Carnac

Pont LOROIS

Pont de La Roche Bernard

Collectionneur de coquillages

Il se retira à Broël en emportant dans sa voiture pour les soustraire aux destructions des révolutionnaires, le buste de Louis-Philippe et une hampe de drapeau surmontée d'un coq gaulois. Ces objets s'y trouvent encore, ainsi que des lettres autographes du roi Louis-Philippe, des princes de la famille d'Orléans et deux mèches de cheveux du comte de Paris et du duc de Chartres authentifiés par une inscription de la main de la Duchesse d'Orléans; et également de nombreuses archives de la Préfecture.