RAPPORT SUR LES ŒUVRES DES PÈRES

DE SAINTE-MARIE DE TINCHEBRAY

AU CANADA

Congrégation des Pères de Sainte-Marie de Tinchebray (Orne), transformée en cholaterie en 1909

Par Henri VOISIN

Le 15 Août 1904, les Pères CHAUVIN, ANCIAUX, RENUT et FORGET débarquaient à Red Deer, où ils prenaient un homestead, en même temps que le Père VOISIN qui les y avait rejoints.

A ce moment, 1'Alberta entrait définitivement dans cette ère de développement rapide sans précédent dans l'histoire de l'Amérique. De 1890 à 1903, en effet, 1'Alberta grand comme la France, n'était traversé que par deux lignes de chemin de fer; le transcontinental d'Est en Ouest, puis en embranchement allant Nord-Sud.

Les colons s'étaient timidement établis de chaque coté de ces lignes formant une longue bande habitée, large d'une vingtaine de lieus (85 Kms) au plus. Le pays était relativement peu connu, ses possibilités insuffisamment démontrées. Beaucoup venaient, une bonne partie s'en retournait. Le souvenir encore frais de la révolte indienne de 1880 donnait du pays une impression d'insécurité d'ailleurs complètement injustifiée.

Monseigneur LEGAL que j'avais vu à son passage à Winnipeg, nous avait proposé un poste à desservir à l'extrémité Sud-Ouest de son diocèse, Médecine Hat, petite ville d'avenir, mais au centre d'un pays plus tôt sec et peu habité. J'acceptai, en principe la desserte d'un poste, sans accepter définitivement celui qu'on nous offrait.

La situation était celle-ci. Nous arrivions six, trois n'étaient pas prêtres et cinq ne savaient pas l'anglais, or sans anglais, il n'y a pas dans ce pays ministère bien possible. Notre avoir, il consistait en un passif de 1200 Frs. Derrière nous des ruines, la dispersion. C'était le pont coupé, il fallait ou se tirer énergiquement d'affaire, ou périr.

Prendre des homesteads présentait des avantages considérables. D'abord cela nous donnait un pied à terre pour le présent, avec perspectives pour l'avenir d'une propriété donc la valeur, comme nous le verrons plus loin, n'est pas à dédaigner. Puis dans cette situation d'attente, il nous était loisible de faire prendre les derniers ordres à ceux des nôtres qui étaient pas prêtres. Tous enfin pourraient apprendre l'anglais, se faire au pays et à ses moeurs.

C'est dans cet esprit que j'ai pris et fait prendre des homesteads comme situation intermédiaire.

C'est sur les conseils de Monseigneur que nous nous dirigeâmes de préférence vers les rives de la rivière Bataille. Dans sa pensée, nous serions le prolongement du groupe catholique allemand qui venait de s'établir plus au Nord, à Spring Lake. Je pensais aussi (ce qui ne s'est pas réalisé) que nous pourrions être appelés à desservir cette importante colonie. Nous nous enfonçâmes si loin, à 40 lieues de la ligne et de la ville, dans un pays inhabité, pour être plus au large et avoir un district assez vaste pour grouper, le cas échéant une nombreuse colonie française. Depuis deux ans cette colonie existe d'ailleurs.

Quelques uns ont pensé et dit que nous oublierons trop notre rôle de prêtre pour nous lancer dans l'agriculture avec une certaine ardeur de jeunesse. Je tiens à rectifier ce que cette proposition peut avoir d'erroné.

Dès le premier moment mon idée directive a été ce qu'elle n'a cessé d'être depuis: le ministère, l'oeuvre du salut des âmes était le seul et unique bût. La colonisation, l'exploitation agricole, n'était qu'un moyen d'établissement, un moyen nécessaire, qui, le moment venu devait disparaître.

Nous entendions si clairement notre rôle de missionnaires qu'un mois à peine après notre installation, j'étais en pour parler avec l'autorité diocésaine. Médecine Hat, qui était trop loin, et nous sessionnait en deux groupes trop séparés, mais je sollicitais le district de Red Deer, Innisfail comme voisin de la colonie.

Nous voulions si bien être missionnaires que le 4 Novembre, c'est à dire deux mois et demi seulement, après l'arrivée, alors que l'établissement de la colonie était à peine esquissé. Je partais avec le Père BAZIN prendre possession de notre nouveau poste à Innisfail. Sur trois prêtres, deux partaient donc faire du ministère, le troisième restait forcément pour assurer le service religieux des confrères. Pouvait-on faire plus ?

Dès ce moment, l'histoire de notre établissement se sectionne: d'un coté de la colonie, de l'autre la Mission.

La Colonie

Je dois rendre un hommage attendri au dévouement admirable et soutenu de mes confrères dans des débuts comme ceux qui furent les nôtres. On ne saura jamais ce que nous avons souffert au physique comme au moral. Dans notre campagne d'exploration qui devança d'un mois, l'arrivée de nos confères, le Père BAZIN s'est révélé ce qu'il a toujours été depuis, un religieux d'un dévouement, d'une énergie et encore plus d'un désintéressement admirable, soutenant l'insomnie de ces froides nuits passées à la belle étoile et sans couverture, souffrant de faim et de soif, n'hésitant pas à se jeter dans l'eau glacée pour ramasser le gibier nécessaire à notre subsistance, partageant plus tard comme Saint-Martin, ses loques avec ceux dont le linge avait été la proie du feu.

Les autres, quand ils nous eurent rejoint, déployèrent chacun dans la mesure que permettait sa santé, sans vivre, minés par la dysenterie, sans voisin, privés de nos chevaux qui s'étaient échappés, nous grelottions dans la tente sous une tempête de neige de Septembre; plus tard quand le feu eut détruit nos ornements, livres, linge et provisions. Ce fut une consternation plus tard encore, on passa par de cruelles inquiétudes, quand l'un de nous, projeté de voiture, resta en délire, l'épaule démise à 40 lieues de tout secours médical. En bien, je n'ai jamais entendu mes chers confrères m'adresser le plus petit mot de reproche, de les avoir emmenés, ou exprimer une velléité de retour.

Nous avons, comme tous les nouveaux venus, acheté notre expérience. C'est une loi à laquelle bien peu échappent. Le pays est si différent de ceux d'Europe, les conditions présentes y sont si singulières, si invraisemblables, l'esprit français surtout, est si peu préparé à de telles nouveautés qu'il faut fatalement quelques temps avant de se reconnaître. Ajouter que les renseignements que vous recueillez soit par ignorance de ceux qui les donnent, soit vues intéressées, sont d'une contradiction désespérante, seul le temps et l'observation vous font démêler le vrai du faux. Donc, nous aurions à recommencer que nous modifirions notre méthode. Toutefois je me plais à reconnaître que nous avons, somme toute, payé notre expérience moins cher que la moyenne des colons européens et que nous l'avons payées moins avec des dollars gaspillés qu'avec un surcroît d'effort et de travail que nous eussions pu nous épargner et donc une très lourde part est constamment retombée sur le dévoué Père FORGET.

Les Missions

Sur les missions: l'expérience s'est faite plus rapidement et sans faux pas. L'épreuve là aussi n'a pas manqué, surtout au début.

Le district qui nous était primitivement attribué était à peine le quart de celui que nous avons et par conséquent insuffisant lui-même à notre subsistance. La situation s'aggrava encore de l'opposition qui, avant même notre arrivée, fut soulevé contre nous à Red Deer, le plus important de nos deux postes, celui où nous aurions dû naturellement nous installer.

Les agissements jaloux d'un Prêtre étranger, qui avait envié la place et la cabale des canadiens étroits, nous ferma absolument l'entrée de cette mission. Seulement trois mois après, subrepticement j'y puis faire mon entrée, dire la messe dans un petit magasin entre des caisses de pruneaux et ustensiles de quincaillerie. L'assistance était de six à dix français pauvres et de passage.

A force de patience et de démarches, je ralliai peu à peu mon monde. Dix mois plus tard et malgré les abstentions de quelques uns, irréductibles, notre modeste église était faite. Avec trois fidèles catholiques, j'avais été charpentier pendant un mois. En Juin 1905, la bénédiction de l'église par Monseigneur consomma la réunion et maintenant la paroisse est en voie satisfaisante de formation. Je dois dire que, dans toute cette question, j'ai toujours été énergiquement soutenu par l'autorité épiscopale.

Innisfail

Innifail ne nous fit pas d'opposition par une raison bien simple, il était vide de catholique. Les débuts furent très durs. Nous nous échouâmes dans une grande baraque en ruines, une glacière l'hiver, un refuge d'émigrants l'été. Là, il a donc fallu créer et peupler. Depuis 15 mois nos efforts ont aboutis. Je suis parvenu par mes lettres à attirer un petit groupe de bonnes familles catholiques françaises.

L'église s'est élevée, il y a un an; elle s'achève peu à peu. Monseigneur, qui avait consacré notre première église à Red Deer au Sacré-Coeur, a dédié cette seconde à Saint-Louis, roi de France. Huit jours avant, nous affichions et donnions au profit de l'église, un grand concert aux gens de la ville. Nous avons eu toute l'élite de la Société et ce concert déclaré le meilleur qui ait jamais été donné dans l'endroit, a contribué à nous mettre en évidence. Voilà donc ma mission lancée, reste à la développer maintenant.

 

Carstairs & Crossfield

En Avril 1905, c'est à dire six mois après notre arrivée à Innisfail, tout le groupe de missions entre cette ville et Calgary nous fut offert; à la suite de la maladie de 1'OBLAT, qui les desservait, soit trois petites villes sur la ligne à visiter régulièrement. C'étaient des centres purement anglais avec une population plus franchement catholique, plus généreuse aussi que nos premiers paroissiens. Deux centres, Olds, 8 lieues au Sud d'Innisfail. Carstairs, 16 lieues avaient chacun une bonne petite église.

C'était beau pour deux hommes dont l'un de santé faible. Nous acceptâmes pourtant sans hésitation. Refuser! c'était donner la place à d'autres, c'était perdre l'occasion de préparer en doublant notre district des postes aux collaborateurs futurs. Car, enfin, il fallait penser plus encore à l'avenir qu'au présent.

Désormais, le Père CHAUVIN fut chargé de ces missions; il apprit l'anglais dans un temps relativemet court. On apprécie son zèle simple et discret; on l'aima et beaucoup l'entouraient de prévenances touchantes. Le cher Père a marché jusqu'au bout. Pour les derniers temps il disait sa messe cramponné à l'autel pour soutenir son pauvre corps usé.

La vie et sa mort ont été celles d'un Saint. Nos conversations coeur à coeur m'ont appris quelle idée profonde il avait de ses obligations religieuses et sacerdotales. Je me rappelle que, durant ces longues nuits dont une toux opiniâtre prolongeait l'insomnie, j'entendais le bruit du chapelet qui s'égrenait discrètement. Là, il a puisé évidemment cette énergie très remarquée là bas, qui n'a jamais permis à la plainte, ou au murmure d'avoir accès dans son âme. J'ai retrouvé chez son successeur le père ANCIAUX, le même dévouement simple et complet, qui se donne jusqu'à compromettre sa santé. Le Père ANCIAUX a, il y a trois mois, doté son troisième poste, Crossefield, d'une belle église, cumulant ainsi le travail des missions et les labeurs de l'enseignement donné à nos élèves d'Innisfail.

Trochu Valley

Cette même année 1905, j'appris qu'à 16 ou 20 lieues Sud Est d'Innisfail, s'était formée une colonie d'officiers français dégoûtés ou victimes de leur attachement à la religion. J'y allai et trouvai, avec beaucoup d'amabilité, de profonds sentiments chrétiens. J'accédai immédiatement à la demande qu'on me fit d'avoir une messe chaque mois régulièrement. Pouvait-on refuser d'aussi bons catholiques et compter pour quelques choses les fatigues d'un voyage à cheval de 40 à 50 lieues chaque mois.

Là comme dans nos autres postes, le développement a été rapide au delà de toute vraisemblance. En un an le désert s'est peuplé. La colonie, en Avril 1906 a presque miraculeusement échappé a un immense feu de prairie, que nous avons combattu en désespérés.

Le groupe français s'augmente graduellement d'éléments nouveaux aussi bons que les premiers. La ville de Trochu Valley se bâtit et, l'une des premières constructions a été une gracieuse petite église qui domine du haut de la colline cette prairie ondulée. Le 23 Juillet 1907, Monseigneur allait la bénir, il était reçu triomphalement conduit en voiture à six chevaux escorté d'un escadron de brillants cavaliers et d'amazones. Un grand steeple chase était organisé en son honneur, bref la prairie, qu'on se figure peut-être rébarbative, avait un grand air de civilisation.

Résumé sur le district ANCIAUX-VOISIN

Pour le district, tel que desservi actuellement par le Père ANCIAUX et moi, comprend 40 lieues du Nord au Sud et 60 x 4 = 240 kms d'Est à l'Ouest, s'enfonçant à l'Ouest jusque dans les Rocheuses. Il se peuple graduellement et dès maintenant nous pouvons estimer à au moins 400, le nombre des familles catholiques qui y sont dispersées.

Stettler

Le district de Stettler, le prolongement du précédent à l'Est est une grande contrée plate, sur laquelle s'est furieusement déversé ces deux dernières années, le flot d'une émigration principalement anglo-allemande. Une nouvelle ligne de chemin de fer, dont Stettler est la tête de ligne provisoire, a provoqué cette éruption en ouvrant le pays.

Le 28 octobre 1905, à sept heures du soir, j'errais éraré dans ces solitudes sans chemin. Huit mois plus tard, repassant aux mêmes lieux, j'étais stupéfait d'y voir pimpante et fraîche une petite ville avec trois églises, trois banques, six hôtels, une quinzaine de magasins et une cinquantaine de maisons. C'était Stettler, quelle que soit la défiance des imigrations européennes à l'égard des conditions si totalement différentes de celles auxquelles elles sont accoutumées, il y a des faits qu'on ne peut récuser. Celui-ci en est un entre beaucoup.

Au Sud et Ouest du district de Stettler est une autre colonie française intéressante. Je savais qu'au premier moment un de ces quelques prêtres séculiers, qui nous viennent quelques fois de France, pourrait s'emparer de la position et séparer notre district d'Innisfail de la colonie de la rivière Bataille. Je fis donc des insinuations à l'Evêché; le district nous fut offert et aussitôt accepter. Là, ont commencés des difficultés qui durent. Il a fallu combiner le travail de mission avec nos obligations de résidence, six mois de l'année, sur le homestead. Le Père BAZIN, assisté depuis Janvier par le Père RENUT, manoeuvre de manière à atteindre ce double but: quelques oppositions intéressées ont l'air d'être également disparues. Ce district (40 lieues x 4 = 160 Kms) du Nord au Sud et 80 Kms d'Est à l'Ouest est trop neuf et sa population trop flottante pour qu'on ait une idée exacte du nombre de nos catholiques. Je ne juge pas inférieur de beaucoup au nombre des catholiques de notre district d'Innisfail.

District de RONCY

Plus à l'Est encore pendant une trentaine de lieues, c'est à dire jusqu'à la limite Est de l'Alberta est un district, continuation du précédent et habité depuis un an seulement. De notre colonie le Père RONCY avec sa vaillance juvénile, l'abnégation que vous lui connaissez, rayonne, des bohémiens, allemads, français, qui y sont en grand nombre et le reçoivent avec empressement.

A brève échéance, dans une des nouvelles villes qui vont s'échelonner sur la prolongation du chemin de fer de Stettler, le Père RONCY devra transporter son quartier général. District dans son ensemble Notre but est donc atteint, nous couvrons et desservons tant et bien que mal, un énorme district, d'un seul tenant avantageusement situé dans 1'Alberta central, en pays de bonnes terres. Notre travail est de plusieurs sortes.

1°) II a fallu organiser les centres, y construire l'église, et comme l'argent n'abonde pas encore, il faut payer de sa personne et à Innisfail comme à Stettler, le presbytère et l'écurie sont l'oeuvre de nos mains; j'ai peut-être consacré deux ou trois mois de travail de charpente aux églises d'Innisfail et de red Deer. Si, pour se procurer des ressources on organise des concerts et des bazars, le soin et le travail en reviennent surtout aux missionnaires.

2°) Ceci fait, on n'est pas à moitié. Au fond de la campagne, il y a des gens, qui par indifférence ou impossibilité de franchir les grandes distances, ne viennent pas à l'église et risquent de perdre totalement leur foi dans le milieu protestant qui les noie et les sollicite. D'où obligation de courir le pays, de visiter, d'instruire, confesser, ramener, fortifier. Représentez-vous les lieues parcourues et les jours dépensés dans un tel ministère quand on est si peu nombreux que nous le sommes. En cinq semaines au printemps, j'ai fait 240 lieues à cheval. En quatre jours avant mon départ, j'ai dû faire 42 lieues à cheval et 24 lieues en voiture. Les chiffres du Père RONCY et surtout du Père BAZIN sont peut-être supérieurs aux miens, résultat fatal de notre petit nombre. Pensez, nous sommes pratiquement cinq malheureux pour parcourir ce grand rectangle de 40 lieues sur 120 (160 x 480 Kms). Encore si nous n'avions que cela à faire.

3°) Le missionnaire est forcément plus ou moins colonisateur. Il a une certaine expérience du pays; la charité, le désir de grouper dans sa mission les catholiques nouveaux venus sont pour lui autant de motifs de s'occuper des émigrants. Comptez aussi les nombreuses demandes de renseignements sur la province, qui nous viennent de France et d'autres pays, car nous sommes déjà connus, il faut bien y répondre.

4°) Et les soins matériels du ménage, de la cuisine etc.. Car enfin jusqu'ici nous avons tout fait. La moindre servante vous demande tout de suite 100 Frs ($ 20) par mois nourrie, logée. Nous eussions pu nous en payer, nous avons préféré nous en passer, et par ces économies, augmenter les ressources que nous avons à coeur d'amasser pour la congrégation.

Les élèves

A tous ces travaux, les deux Pères d'Innisfail, ont encore ajouté, celui de donner l'instruction et l'éducation à deux puis à trois. Cette année à quatre, enfin à la rentrée à sept jeunes gens français, fils de familles excellentes tant au point de vue social que religieux. Encore là, l'idée de travailler au relèvement financier de la congrégation, d'assurer pour plus tard des moyens d'existence à nos Pères malades ou usés. J'entends aussi bien à ceux de France que ceux du Canada, cette idée là nous a soutenu. N'oubliez pas pourtant que nous n'étions que deux pour suffire à tout cela, qu'à la rentrée d'Octobre 1907, ils ne seront que deux, là où ils devraient être quatre.

Rapport avec l'administration diocésaine

Monseigneur LEGAL, ses vice-généraux et les Pères OBLAT, fondateur du diocèse et qui forment la majorité du clergé, nous aiment beaucoup et nous traitent en frères. Comme preuve, j'apporte le dossier des lettres à moi, adressées par Mgr depuis trois ans. Monseigneur eut-il dans quelques années, un successeur moins favorable, que les services que nous rendons à cet immense diocèse, l'impossibilité de nous remplacer, certaines raisons particulière, lui feraient une impérieuse nécessité de se ménager notre concours.

La population

Quoique de races diverses, elle est très généralement bonne, facile d'accès, très civilisée, avec un fond de sentiments religieux et de bienveillance pour le clergé. Nous trouvons beaucoup de courtoisie dans la grande masse de l'élément protestant. La majorité de nos catholiques qui vient des Etats-Unis et du vieux Canada, est habituée à entretenir ses prêtres, et dès qu'elle aura pris racine et acquis de l'aisance, elle pourvoira volontier et suffisamment à leur subsistance.

Le présent : 1907

La situation actuellement est celle-ci. Notre exploitation agricole touche à son terme et, en nous rendant libre disposition de tout le personnel, permet de le consacrer uniquement aux ministères. Tous nos Pères, même le dernier arrivé, le Père LAMORT, savent assez d'anglais pour être utilisés au monistère. Le Père FORGET doit recevoir la prêtrise à Noël.

Les homesteads

Nous allons, dès maintenant commencer à recueillir le bénéfice des homesteads. Les Pères FORGET et RENUT vont avoir le titre de propriété des leurs avant Janvier. Peut-être même l'ont-ils déjà. Or, le prix moyen auquel se vend actuellement un homestead est de 12000 Frs . Les deux leurs représentent donc 24000 Frs . En Janvier prochain, le Père BAZIN a le sien, soit pour les trois une valeur totale de 36000 Frs.

Le Père ANCIAUX, qui aura le sien, en Août de l'année prochaine portera à une valeur de 48000 Frs.

Enfin, quand le Père RONCY aura le sien, en Mai 1909, nous arriverons à une valeur de 60000 Frs . Le résultat est d'autant plus considérable que la terre, dans ce pays neuf, monte constamment et ne peut pas ne pas monter, jusqu'à ce qu'elle ait atteint la valeur moyenne des terres voisines des Etats-Unis. Or, la valeur de celle-ci est de 250 Frs l'arpent. Eh bien! il est évident pour qui connaît le pays, que notre terre qui vaut actuellement 75 Frs l'arpent, aura doublé de valeur et vaudra 125 Frs dans dix ans.

A ce compte (et nous aurions bien sur la naïveté de vendre présentement), dans dix ans nous aurons une propriété foncière valant en chiffres ronds 100000 Frs .

En tous cas, et dès maintenant la possession des deux homestead FORGET et RENUT (soit 24000 Frs) couvre, et au delà, l'emprunt dont nous sommes débiteurs et qui n'est que de 11028 Frs .

Là, ne s'arrêtent pas nos ressources. N'oubliez pas que l'Ouest canadien est un pays vieux de 15 ans au plus mais qu'il croit aussi vite en dix ans que d'autres pays en cent ans, que des imiretions européennes ne conçoivent qu'avec peine un état dont-ils n'ont sous les yeux aucun équivalent. C'est possible. Mais des faits sont des faits. En voulez-vous ?

Winnipeg en 1870, ne comprenait que quelques huttes de métis, il y a maintenant plus de 100.000 habitants. Edmonton et Calgary ont passé en dix ans de 4000 à 20.000, Red Deer en cinq ans de 500 à 2000, Lloydminister en deux ans de zéro à 1800. On en pourrait dire autant de Olds, Disbury, Carstairs, Wetaskewin, Lacombe, Bowden, Alix, Ponoka, Leduc, Vegreville, Daysland,Camerose, Stettler et de dix autres places dont les noms m'échappent parce qu'elles n'existaient pas, il y a deux et un ans. Pendant que je vous parle, il surgit sans doute quelque nouvelle petite ville.

Dans tous ces autres, il y a une intensité de vie; de commerce et d'affaires que vous chercheriez en vain, dans nombre de nos chefs lieu de canton. La plus petite place a au moins deux banques, à Red Deer avec 2000 habitants en a quatre ou cinq, Innisfail n'a que 800 habitants. Eh bien! tous ses magasins et même ses maisons particulières communiquent par téléphone. Red Deer est éclairée à l'électricité, cette année on met l'eau à domicile et on inaugure les égouts.

C'est la vie moderne avec ses derniers perfectionnements. Chaque bourgade, sa pompe à incendie, non pas une vulgaire pompe à bras, mais une belle machine électrique ou a pétrole; elle a sa salle de théâtre. Ce 10 Juillet j'étais sur les planches jouant du cornet et du violoncelle devant les innisfailiens.

Quant, là où il n'y avait rien, surgit en six ou dix mois une ville ainsi équipée. Comprenez-vous le coût énorme que fait le prix du terrain sur l'emplacement de la ville ou dans ses environs. En deux ou trois ans, cette ville double en population et en superficie, nouveau renchérissement du terrain n'est-il pas vrai? Ce petit espace rectangulaire qui vous donne juste la place de bâtir votre maison et votre écurie et qui s'appelle lot de ville, ne valait pratiquement rien, avant la fondation de la ville. Les premiers jours que suivent sa naissance, il vaudra de 300 à 500 Frs. C'est 1'ordinnaire. Dans six mois, un an, il aura généralement doublé, quadruplé, quelque fois décuplé et plus, suivant l'avantage commercial de la situation. C'est insensé! Ainsi un monsieur français de mes amis, achetait en 1905 à Edmonton un lot pour 2000 Frs. Il en refusait dix mois plus tard 30000 Frs .

Faite avec une certaine réserve, cette spéculation sur les terrains n'offre aucun risque, puisque pour quelques années encore, les terrains sont surs de monter. A ce mot de spéculation ainsi entendu ne s'attache pas la mauvaise signification qu'il peut éveiller en Europe. M"r LEGAL, l'archevêque de Saint-Boniface, des collèges ecclésiastiques du vieux Canada, des congrégations usent de ce moyen pour se créer des ressources.

Pourquoi nous-mêmes ne pas mettre à profit une situation si extraordinairement propice. Je l'ai fait dans la mesure de mes moyens ; je regrette seulement qu'ils n'aient pas été plus considérables.

J'ai à diverses époques, l'an dernier et cette année acheté dix sept arpents 1/2 à Red Deer pour 9000 Frs et deux simples lots à Innisfail pour 1000 Frs- soit 10.000 Frs de terrains; les paiements se font en trois annuités. J'ai actuellement 5000 Frs de payé, le reste devant s'échelonner l'an prochain et dans deux ans.

Avant mon départ, j'ai mis en vente à 1500 Frs mes lots achetés 1000 Frs, il y a dix mois. Encore n'ai je réellement payé 700 Frs, le troisième terme n'étant pas échu. La vente devant être maintenant opérée avec 700 Frs , j'aurai en dix mois réalisé un bénéfice net de 470 Frs. C'est du 67% .

Au bout d'un an, j'ai refusé de vendre 25000 Frs mes lots de Red Deer achetés 9000 Frs . J'aurai accepté que 9000 Frs m'auraient en un an rapporté 16.000 FRs. C'est tout simplement du 780% .

Pour effectuer mes différents paiements, je n'ai rien prélevé sur la colonie, rien emprunté à personne. Les ressources de la mission d'Innisfail-Red Deer y on suffi.

Possessions à Innisfail

Elles ont également suffi à créer ce qui existe à Innisfail. c'est à dire une maison, une écurie d'une valeur approximative de 5000 Frs, à me fournir une voiture, 500 Frs, d'un traineau 100 Frs, de trois chevaux de route représentant une valeur d'achat de 1200 Frs et une valeur actuelle de 1600 Frs, d'attelage 100 Frs. A Stettler, la congrégation possède également un lot de terrain acheté 700 Frs et représentant une valeur actuelle de 1000 Frs, plus une écurie et une maison valant, meubles compris 3180 Frs, un cheval de selle et une voiture valant 600 Frs. Ajoutez à cela un 20% sur la plus value d'un terrain acheté par le Père BAZIN, par un de ses parents et qui a doublé de valeur en deux ans, soit un bénéfice net à notre actif de 1400 Frs, qui ajouté aux 33.400 Frs nous donne le total définitif de 35.000 Frs en chiffres ronds.

Renforts indispensables

Voilà ce que, au double point de vue des missions et des finances ce que six membres de la congrégation, jeunes, sans expérience, sans connaissance de la langue, sauf un, brusquement jetés de leurs classes dans les missions ont pu faire en trois ans.

Supposé que maintenant de nouveaux confrères animés de la même énergie et du même dévouement viennent renforcer le noyât existant, leur zèle aura l'avantage d'être guidé par l'expérience de ceux qui les ont devancés, à quel résultat n'arriverions nous pas.

Nous avons trouvé au Canada un champ extraordinairement approprié à la condition, très précaire qui était la notre en 1904. Nous étions alors sans un seul débouché, nous en avons trouvé un qui est immense. Nous étions sans un sou vaillant, les ressources financières sont grandes et abonderont davantage pur qu'il exerce sur ceux qui y ont passé quelques temps un charme étrange et irrésistible et que nombreux sont ceux qu'on envoie chez nous faire des cures d'air.

Enfin, les congrégations trouvent dans la liberté absolue qui leur est accordée l'atmosphère de tous, le plus propre à leur épanouissement.

Des renforts et renforts immédiats, ils nous en faut absolument. Je l'ai dit, je n'ai donné et obtenu des confrères, cet effort désespéré qu'en les soutenant et en me soutenant moi-même de l'espoir que nous préparions le terrain à des confrères n'attendant qu'un signal pour nous rejoindre; six hommes ne peuvent raisonnablement faire longtemps l'ouvrage de dix ou douze.

L'accueil fait à notre appel décidera du sort de notre société au Canada, que si nous étions abandonnés à nous mêmes, la conséquence est claire; nous devrions cesser de penser à la congrégation, promouvoir à son expension, à lui préparer un champ d'action et des ressources financières pour songer à préparer nos santés ébranlées. Mon devoir sur ce point est formel, je contremanderais dès maintenant l'effort maximum qui continue de se donner en mon absence.

Je me refuse pourtant, à croire que notre appel n'éveille aucun écho. Si les preuves et l'imprévu réservé à l'avant garde peuvent effrayer quelques imaginations, l'excuse n'existe plus une fois que le chemin a été frayé large et sûr. Je suppose charitablement que personne ne mettra en doute l'absolue exactitude de nos déclarations.

Des postes, je les puis donner, variés selon les aptitudes et les exigences des santés. A qui le mouvement et les aventures, je puis assigner un poste missionnaire voyageur. Il nous faut aussi des hommes qui s'occupent des autres où il y a une église et une population groupée, qui soient un peu curés de paroisse. Là, je mettrai de préférence les santés faibles, les sujets à goûts sédentaires. Aux fanatiques de professorat, je puis donner deux postes. A qui m'objecterait, qu'il ne sait pas l'anglais, je puis donner la française et aristocratique mission de Trochu Valley, Enfin à tous les confrères canadiens, j'assure le présent, j'assure encore l'avenir en cas de maladie, usure ou vieillesse, je leur assure des secours matériels, en même temps que la société et l'affection de ses frères dévoués et unis. Les dispersés de France trouvent-ils une telle somme d'avantages pour le présent et surtout pour l'avenir une sécurité si réconfortante.

Dès mon retour, je compte organiser à Red Deer, notre centre provincial. A toute congrégation, il faut un port d'attache, une maison mère, qui en est comme l'âme. Il est important que nous donnions ce point solide, ce centre de ralliement qui est une force morale, cette maison, provinciale, siège de la petite administration, sera notre lieu de réunion, notre maison de retraites annuelles, le point de débarquement des nouvelles recrues, l'ambulance où on dirigerait nos Pères malades ou fatigués. Trop peu centrale, trop éloignée du chemin de fer, insuffisamment aménagée, notre colonie de la rivière Bataille ne saurait convenir à ce rôle. Red Deer, futur centre, industriel, ville d'avenir répond de tout point à ces diverses exigences. C'est donc là que va s'élever notre quartier général.

Red Deer - résidence principale des Pères de Tinchebray

Sur un bel éperon boisé qui domine à la fois ville, rivière et chemin de fer et dont j'ai fait l'acquisition deux mois avant mon départ, je compte bâtir une maison en briques, de forme sensiblement carré; sous-sol, rez-de-chaussée, un premier étage et un second mansardé donnant un total de 18 à 19 appartements, le tout chauffé à la vapeur et éclairé à l'électricité avec eau à tous les étages, avant trois ans. J'estime le coût probable à environ 20.000 Frs .

Maison provinciale et presbytère de Red Deer, cette construction sera de plus le siège de notre petit collège, je n'entends pas un collège absolument en règle avec l'installation considérable, que cela suppose. Je pense plustôt faire une maison de famille quelque chose d'analogue au boarding school d'Angleterre, un monsieur recevant dix élèves suivant la capacité de la maison, leur donnant lui-même l'instruction et les faisant participer à sa table. Si comme j'en ai l'absolue conviction, l'installation devient bientôt insuffisante, il sera temps d'aviser. Pour le moment, je ne veux aller qu'à coup sur.

Nous avons une valeur de 25000 Frs de lot à Red Deer, je ne voudrais pas vendre maintenant parce que la valeur foncière peut doubler en cinq ans. Le fait même que nous nous installons et bâtissons sur un de ces lots et à proximité des autres, leur donne à tous du même coup une plus value. Je demanderais donc à emprunter les 20000 Frs nécessaire à cette construction, en France, de préférence, où on peut trouver des prêts à 4%, tandis que chez nous le taux le plus bas est de 8%.

A ce collège il faut deux professeurs, tout au moins un. Il est évident que nous autres n'avons pu accumuler que momentanément l'enseignement et le ministère.

Nous avons aussi besoin urgent d'un pensionnat de soeurs et c'est une partie de mon programme que de trouver la congrégation qui acceptera cette fondation. A ces soeurs, je proposerai, comme emplacement, la moitié du plateau sur lequel sera notre maison. Ce voisinage permettrait à deux soeurs converses de s'occuper de la cuisine et du ménage des Pères et en même temps d'aller faire leur exercice, manger et coucher à la communauté. Aux soeurs, ce voisinage donnerait l'avantage d'avoir leur aumônier à deux pas.

Ce plan est concerté avec Monseigneur et doit s'exécuter au printemps; mais il nécessite l'adjonction d'un renfort au personnel actuel, sans lui, mes plans ne sont plus que chimère et pour qui connait le pays et apprécie l'essor nouveau que leur réalisation lui pourrait imprimer au point de vue religieux, l'idée de ne pas le réaliser est insupportable.

Frères convers

Une question que je signale est celle des frères CONVERS. On pouvait s'en passer dans les collèges; sur les missions en Amérique surtout où la main d'oeuvre est très chère et rare, leur concours est indispensable. Nous ne faisons le travail du ménage et de la cuisine qu'aux dépens de l'occupation fondamentale du missionnaire; le ministère. Au retour d'une tournée, nous avons besoin de travailler pour nous même; théologie, sciences éclésiastiques, et surtout les langues, devenons de bons prédicateurs en anglais et notre influence sur les masses protestantes est assurée. Ce programme ne s'accorde guère avec les obligations de cuisine, jardinage etc...

Une autre raison, l'adjonction des frères peut-être plus nécessaire. La vie religieuse suppose la vie en commun c'est à dire la juxtaposition de deux individus au moins, que le religieux vive habituellement seul, que deviendront les exercices, l'habitude de la règle et tout ce qui fait l'avantage de la vie religieuse sur la vie séculaire. Je ne parle pas des dangers d'un autre ordre qui existent partout.

Eh bien, sur les missions nous ne serons pas toujours nombreux pour fournir ou un poste assez riche pour entretenir deux missionnaires. Au missionnaire isolé enjoignez un frère; ce missionnaire a dès lors avec lui un autre religieux, sa dignité de supérieur, son obligation de montrer le bon exemple, l'incite davantage à la régularité, il aime mieux sa maison et courre moins à l'extérieur parce que cette maison est vivante et habitée. Aux moments de découragement, il aura une compagnie qui sera toujours une diversion. Autant de raisons qui militent en faveur de cette institution et qui rendent la somme des avantages supérieurs à celle des inconvénients. Que le malheur des temps rende leur recrutement très difficile, il est certain. Pourtant que nos membres dispersés en France prennent cœur à ce recrutement que chacun, dans sa région, dans sa sphère de relations, cherche, s'informe, sonde les dispositions d'un sujet qu'il remarque ou qu'on lui a indiqué, dites moi, serait-il si long, si difficile de recruter une demi-douzaine de bons sujets. La France est-elle si anémiée, que sa fécondité ne puisse aller jusque là ? Vous, que des circonstances impérieuses peuvent retenir dans la dispersion sur le sol français, voilà une manière de servir votre congrégation, et d'être les auxiliaires de vos confrères missionnaires. Vous y refusez-vous ?

La personnalité civile de notre société au Canada

Quand on fait une oeuvre, on la fait durable, si l'individu passe, la société demeure. Guidés par cette idée, nous allons à mon retour, nous faire attribuer par le gouvernement la personnalité civile, nous faire officiellement reconnaître comme la corporation religieux des Pères de Sainte-Marie de Tinchebray en feront partie de droit et tous les confrères actuellement au Canada et tous leurs collaborateurs futurs. A cette corporation reviendront tous les homesteads, terrains et immeubles qui sont actuellement et légalement la responsabilité des emprunts précédemment contractés. Voilà l'avenir assuré au point de vue civil.

Nous l'assurerons en même temps au point de vue canonique. Il faut rendre, m'a dit très aimablement Mgr, votre position inattaquable pour l'avenir et lui donner un caractère d'entière stabilité." Eh bien, quand vous serez constitué société civilement reconnue, j'enverrai à Rome la liste des postes que vous désirez garder, et je vous en ferai assurer la possession canonique, en sorte que vous ne serez pas à la merci d'un évêque moins favorable.

Ces dispositions seront donc dans quelques mois, le couronnement, de ce qui a été fait aujourd'hui.

Conclusion

Après ce long rapport, personne n'a plus l'excuse d'une connaissance vague et incomplète de la situation, de la congrégation au Canada. Qu'on juge s'il y a possibilité d'y vivre et d'y faire du bien, pour le présent et l'espoir assuré de s'y fortifier et de s'y développer dans l'avenir. C'est Dieu qui nous a providentiellement ménagé cette planche de salut, qui nous a mené et établi. Eh bien, il ne faut pas par égoïsme laisser tout faire à Dieu.

Que ceux-ci donc, que les raisons absolument majeures n'enchaînent pas, pour quelques temps encore, à l'état de dispersion (et il y en a) se demandent s'ils n'ont pas l'obligation de prêter immédiatement leurs concours à une oeuvre qui en a un besoin, si pressant. Pussent-ils sacrifier quelque attrait, briser quelques liens, renoncer à quelques habitudes hésiteront-ils à le faire quand le devoir parle. Car enfin, est-on religieux prêtre pour soi ou pour Dieu, pour travailler au bien, comme on l'entend ou pour le faire dans et par la congrégation dont on est membre ? Peut-on se dire encore religieux et travailler avec l'indépendance d'un séculier.

Si pendant trois ans, la congrégation ébranlée n'a rien pu offrir à ses membres, il cesse d'en être ainsi, et pourqu'il soit tard, il ne l'est jamais trop. Elle offre donc dès aujourd'hui un premier débouché sur un terrain tout organisé. Elle peut bientôt vous en offrir un second. Donc, plus d'excuse de ce chef.

Des hommes prêtres auront-ils moins de courage que de pauvres soeurs? Et quand, en quatre ans, 200 soeurs des filles du Saint-Esprit, de Saint-Brieux n'ont pas hésité à franchir l'océan pour répondre à l'appel de leurs six soeurs fondatrices, ne trouve t-on pas trois ou quatre Pères de Tinchebray pour aller renforcer des confrères toujours vaillants, mais à bout de forces et pour prendre la place de celui qui est mort (Chauvin) en travaillant pour la congrégation.

Ce sont de graves pensées que je livre avec confiance a votre méditation, sur que le dévouement à la société dont vous avez donné tant de gages, votre attachement à vos voeux, votre amour pour vos confrères canadiens, et par dessus tout, la congrégation supérieure de la gloire et de la volonté divine et de l'obligation constante que nous avons de nous y conformer, inspirera à quelques uns de vous une résolution en rapport avec l'esprit de leur vocation.

Père Henri VOISIN

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Père Henri. Emile. Adolphe VOISIN Né au HAVRE, le 2 Juin 1875 Baptisé au HAVRE, en Juin 1875, en 1 'église Saint-Michel

de Emile VOISIN et de Léontine MARI

1° communion. Juin 1886 à Pont Chardon (Orne) Confirmation, en Mai 1887, en 1 'église Sainte-Marie de TINCHEBRAY

Etude à ,Sainte-Marie de TINCHEBRAY de septembre 1886 à Juillet Séminaire à:

1°)PONTLEVOY de Novembre 1895 à Juin 1897

2° )TINCHEBRAY d'octobre 1898 à Juin 1901

Service militaire, de septembre 1897 à juillet 1898

Ordination, en 1900 Professeur à Sainte-Marie de TINCHEBRAY. de 1901 à 1904

Arrivé au Canada, en Juillet 1904 Décédé, le 12 Juin 1934 à Tisdale (Saskatchewan) à 1 'âge de 60 ans

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