Collège Sainte-Barbe

 

TROCHU et L'ASSOCIATION AMICALE DES ANCIENS ELEVES DE SAINTE - BARBE

(créée en 1820)

Le nom de Trochu apparaît dès 1832, ainsi que celui de son frère Eugène, comme souscripteur pour 5 F. Jules était alors désigné comme étudiant en mathématiques (il avait fait la rhétorique en 1830-1831) et Eugène comme employé aux subsistances militaires.

On 1'y retrouve en 1834 toujours pour 5 F et comme étudiant, puis seulement en 1838 Officier au Corps Royal d1Etat-Major, rue de Grenelle Saint-Germain N° 136 pour 10 F.

En 1839 et 1840, Lieutenant d'Etat-Major. En 1841 et 1842 parmi les camarades aux Colonies, toujours Lieutenant d'Etat-Major et toujours pour 10 F.

De 1843 à 1845, il ne cotise pas.

De 1846 à 1850 inclus, on le retrouve chaque année pc 10 F comme Chef d'Escadrons d'Etat-Major avec adresses 1, rue de Lille en 1848 et 9 Place Vendôme en 1850.

En 1857, il figure comme Général de Brigade rue de Bellechasse N° 32 parmi les membres fondateurs à perpétuité comme ayant versé en une fois 240 F (20 cotisations annuelles de 12 F, nouveau mode de souscription institué en 1854, mais je n'ai pas trouvé l'annuaire de 1851 à 1856).

En 1852, Trochu avait été nommé membre du Comité de l'Association et en 1872 membre à vie après 20 ans d'exercice.

En 1863, il a présidé le banquet annuel du 4 Décembre qui tenait lieu d'assemblée générale annuelle.

Outre son rôle au sein de l'Association Amicale, le Général Trochu a été coopté en 1861 parmi les membres du Conseil de la Société du Collège dont il a été le Président annuel en 1863. A ce titre, il a présidé la distribution des prix en 1867.

Trochu était aussi fidèle que lui permettait son emploi du temps aux réunions de Sainte-Barbe. Au banque" de 1857, il est relaté que le Général Tripier a pris place au fauteuil de président en serrant la main par dessus la table au Général Trochu qui marche, grâce à Dieu, d'un bon pied quoiqu'il ait laissé un de ses mollets dans la Chersonèse Taurique. Ce qu'il a sauvé de sa jambe lui suffit.

C'est sans doute à ce même banquet que Trochu a prononcé l'éloge du Colonel Larrouy d'Orrion, ancien barbiste tué au siège de Sébastopol et dont le manuscrit entièrement rédigé de la main du Général a été conservé.

En 1860, pour le 4ème Centenaire de la fondation de Sainte-Barbe, il assistait à la grande fête donnée en présence du Ministre de l'Instruction Publique Rouland (plus tard Gouverneur de la Banque de France, maintenu dans ses fonctions par le Gouvernement de la Défense Nationale).

D'après sa correspondance, il assiste en 1861 et 18l aux cérémonies de Sainte-Barbe des Champs.

En 1863, il préside le 47ème banquet de Sainte-Barbe qui a lieu le vendredi 4 Décembre à 6 h chez Lemardelay, restaurateur 100 rue de Richelieu. Il y prononce un discours improvisé qui fit rire les présents et où il y avait pourtant un grain de philosophie dont quelques-uns furent touchés. Ma' le texte de cette allocution n'a pas été retrouvé.

Notons que c'est au sein de cette Association que Trochu se lie d'amitié avec Alexandre Bixio. Ce dernier, docteur en médecine, prit part, avec beaucoup de barbistes, à la Révolution de 1830, fut le co-fondateur avec Buloz de la Revue des Deux Mondes, membre de l'Assemblée Constituante en 1848, et Vice Président après les journées de Juin au cou desquelles il fut blessé. Ministre du Prince Président du 20 au 29 Décembre 1848, incarcéré au coup d'Etat.

Cette amitié ne se démentit jamais et s'étendit à si fils Maurice Bixio et à son gendre Camille Depret.

Le Général, après le Siège de Paris, avait pris résolution inébranlable de s'éloigner à jamais de la scène politique dont il n'avait ni cherché les hauteurs, ni voulu fuir les périls, et son exil volontaire à Tours, l'enleva à anciens camarades de Collège. Il ne cessa point, dans sa retraite, de leur donner des marques de sa fidèle affection, prenant soin, chaque année, de s'enquérir des affaires de la Maison, des succès de ses élèves, de ses craintes et de ses espérances.

Sources : . Chronique du Collège 1830-1839 - Archives de la Seine D 50 Z 551 1830-1850 - " " D 50 Z 552 1857-186 - " D 50 Z 547 . Quicherat - Histoire de Sainte-Barbe Tome III . C. Lamare " " Tome IV . Edouard Nouvel - Le Collège Sainte-Barbe . Correspondance du Général Trochu - Collection Jean Brunet-Moret.

TROCHU à SAINTE-BARBE

Dans ses mémoires ou dans sa correspondance, Trochu n'est pas prolixe sur son séjour à Sainte-Barbe et il n'a pas encore été possible de reconstituer toute son enfance scolaire en raison de trous dans les Archives.

Dans son testament, il fait allusion à cette enfance en parlant de son frère aîné Eugène avec lequel il avait été élevé et fait ses études, dans la même classe à Paris. Dans ses oeuvres posthumes, décrivant l'abdication de Louis-Phi1ippe dont il fut, par accident, témoin oculaire, il parle de Cuvilier-Fleury, Préfet des études (1823-1827) alors qu'il était une sorte d'élève lauréat. Enfin, dans l'Armée Française en 1879, il rappelle que le Collège Sainte-Barbe, qui a parmi les établissements libres un rang si élevé, a fait le premier, sous le rapport de l'éducation morale, des expériences qui ont ouvert la voie et ont pleinement réussi.

Les deux aînés des sept enfants de Jean-Louis Trochu, Eugène et Jules que seulement vingt mois séparaient, travaillèrent sous l'autorité paternelle jusqu'au niveau des classes élémentaires. Jean-Louis - dont la culture littéraire dépassai de beaucoup le niveau moyen - aidé d'un ami du Palais à Belle-Ile : Désiré Loréal leur avait enseigné le rudiment des études classiques jusqu'au moment où il fallut songer à de méthodes plus sérieuses.

Le hasard voulut que Victor de Lanneau, le rénovateur du Collège Sainte-Barbe dès 1798, resté très actif et même préfet des études de 1827 à 1830 après avoir cédé la direction à son fils Adolphe, vint faire des séjours d'été à Belle-Ile. Séjours enchanteurs si l'on en croit sa correspondance avec Jean-Louis Trochu (lettre du 10 Août 1829 : " Nous allons à Londres, nous n'y passerons pas des jours aussi agréables, selon nos goûts qu'à Belle-Ile. Là se portent tous nos souvenirs quand n ou s rêvons de bonheur … Nous y retournerons ; quand on est chez vous, on a trop le désir d'y rester un peu ".

C'est donc tout naturellement que le père confia ses deux aînés au Collège Sainte-Barbe dont la prospérité renaissante avait atteint son apogée dans les dernières années de l'Empire. La Restauration n'eut guère de faveur pour l'institution considérée alors comme une pépinière d'opposants, mais l'émulation provoquée par la création de l'Institution de la rue des Postes et du Collège Stanislas avait amené de Lanneau à élever très haut le niveau des études dans sa maison et à s'entourer d'une pléiade de jeunes maîtres pleins de talents.

La faveur dont jouissait Sainte-Barbe dans les milieux libéraux lui fit confier par le Comité grec de Paris se enfants, fils des principaux défenseurs de l'indépendance grec qui, à ce moment où l'opinion se passionnait pour la cause de leur pays, furent l'objet de l'empressement universel. Jean-Louis Trochu, très libre-penseur, ne pouvait qu'apprécier cet esprit libéral.

C'est donc à l'automne de 1826 que les deux frères débarquèrent à l'internat de Sainte-Barbe en classe de 6ème. Jules avait alors 11 ans et demi et les premiers hivers loin de sa famille durent être éprouvants pour le jeune garçon habitué au climat rude et venteux de Belle-Île, mais tempéré, alors que le froid de la capitale lui causèrent deux années de suite des engelures entraînant son admission à l'infirmerie et de courtes interruptions dans ses études. Il est vrai que jusqu'en 1830 Sainte-Barbe n'offrait aucun confort, Victor de Lanneau n'ayant toujours eu que dédain pour la mollesse et les raffinements.

Au cours de cette année scolaire 1826-1827, le jeune Jules est en outre arrêté par les fièvres, et doit aller à la campagne passer quelques jours de convalescence. Malgré cela il suit bien sa classe " mettant à profit le savoir provenant des répétitions de son père ". Il a même été en tête de sa classe au premier trimestre. En fin d'année scolaire, il est exempté d'examen en raison des bonnes places obtenues.

L'année suivante, en 5ème, il continue à se montrer brillant en français et en latin, ainsi qu'en grec qu'il commence alors. Mais il est moins brillant en mathématiques, surtout en 4ème et devra abandonner l'espoir que son père caressait de le voir entrer à Polytechnique.

Le jeune élève récite bien et avec assurance, mais dessine mal et a parfois de mauvaises annotations dans ce domaine.

Néanmoins, ses succès en lettres rachètent le tout : il est envoyé deux fois au Concours Général (en 5ème et en 3ème et dispensé d'examen de fin d'année à ce titre. Il est même admis, avec son frère aîné, à passer directement de 3ème en rhétorique, classe qu'il suit en 1830-1831.

Tout au long de son séjour à Sainte-Barbe, le jeune Jules Trochu est dépeint comme un garçon d'une vive intelligence et d'une grande facilité, insuffisamment exploitée par un manque d'efforts soutenus.

A part les fièvres et engelures du début et une rougeole en hiver 1828, la santé est toujours très bonne.

Le garçon est également présenté comme vif, ardent, pétulant, gai, franc et enjoué, espiègle, sachant par quelques saillies spirituelles se tirer d'une faute qu'il fait oublier aussitôt qu'elle est reprise; mais au fil des ans, ses professeurs se font plus sévères et cette pétulance se voit accompagnée de précipitations dans le travail, d'étourderie, de légèreté... défauts dont il sut se débarrasser si totalement que presque seul de l'armée sous le Second Empire il résista à cette légèreté de la Cour Impériale qui devait entraîner la défaite de 1870.

Jules Trochu, Gouverneur de Paris en 1870, a été l'un des acteurs de la journée du 4 Septembre; il avait été en Février 1848 témoin oculaire de l'abdication de Louis-Philippe aux Tuileries en sa qualité d'aide de camp du Maréchal Bugeaud; il était né pendant les Cent Jours; les archives de Sainte-Barbe nous apprennent qu'il était à Paris pendant les 3 Glorieuses, puisque les épreuves du Concours Général auquel il participait n'eurent lieu qu'après le 2 Août, date de réouverture des collèges. Cette révolution, à laquelle participèrent activement de nombreux anciens Barbistes, ont profondément enracine le libéralisme dans la tête du jeune adolescent de 15 ans et influencé sa conduite future.

Et ce n'est sans doute pas au seul hasard que nous devons à Sainte-Barbe d'avoir formé la jeunesse d'Eugène Cavaignac et de Jules Trochu, tous deux devenus Généraux et tous deux appelés aux plus lourdes responsabilités aux moments parmi les plus tragiques de l'histoire du XIXème Siècle Juin 1848 - Septembre 1870.

Sources : Archives de la Seine D 50 Z 315, 316, 318, 320 et 321. Vital Cartier : Un méconnu, le Général Trochu. Edouard Nouvel : Le Collège Sainte-Barbe Correspondance du Général Trochu. - Collection Jean Brunet-Moret.